Éditions
de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 2005, 511p.
Ce résumé de
lectures a été rédigé par Robert Boudreault (*), maître de taiji chez
Les Ateliers de Taiji. Il
est
entendu que le résumé informatif qui suit n’engage que son auteur :
Robert Boudreault.
L’auteur utilise la définition de Marcel Mauss (de 1902) à l’effet que «
les religions sont des agrégats de représentations, de pratiques et
d’organisations qui ont une existence historique définie, dans des
groupes d’hommes et dans des temps déterminés ». C’est sous cet angle
qu’il va considérer le qigong. Danièle Hervieu-Léger le résumait
similairement : « un dispositif idéologique, pratique et symbolique par
lequel est constituée, entretenue, développée et contrôlée la conscience
(individuelle et collective) de l’appartenance à une lignée croyante
particulière ». (p.27). Sur l’étymologie et les premières utilisations
du terme qigong, il se réfère à Catherine Despeux : aux pages 14-17 il
fait une brève mais intéressante rétrospective prise à même cette
référence [ « Le qigong, une expression de la modernité chinoise », in
Jacques GERNET & Marc KALINOWSKI (éds.), En suivant la Voie Royale.
Mélanges en hommage à Léon Vandermeersch. Paris, École française
d’Extrême-Orient, p.267-281].
En résumé, le qigong est une tradition inventée : maintenir une
tradition typiquement chinoise et l’adapter à la modernité (p.17). Pour
garantir son authenticité, on en fait remonter les origines le plus loin
possible dans l’Antiquité, jusqu’aux Royaumes Combattants, en y
englobant les techniques de daoyin, de méditation, de visualisation,
etc. Ainsi cette tradition chinoise, débarrassée de son contexte
religieux, politique et social, sera classifiée, raisonnée et donc
érigée au rang de science chinoise. Selon l’auteur, son étude démontre
qu’il est impossible de séparer l’aspect technique du qigong de ses
dimensions idéologiques et sociales (p.19). Cette étude décrit
l’émergence, l’organisation et les stratégies de ces groupes, et leurs
rapports avec l’État. Elle démontre que le qigong en tant que mouvement
social fut le produit d’un mariage ambigu entre l’État et ces groupes
populaires, et que la crise du Falungong est le résultat du délitement
de cette alliance (p.23). La thèse divise le récit en trois phases
distinctes : la première relate la phase de l’institution médicale, de
la fondation du qigong par l’État en tant que composante du système de
santé, de 1949 à la Révolution culturelle ; la seconde décrit
l’explosion religieuse du qigong, de la fin de la Révolution culturelle
jusqu’en 1989, période au cours de laquelle le qigong devient un
mouvement religieux de masse et acquiert une idéologie légitimatrice se
référant aussi bien à la Tradition antique qu’à la Science ; la
troisième analyse la crise politique du qigong des années 1990 ;
plusieurs stratégies s’affrontent alors, visant au contrôle des milliers
de maîtres et des millions d’adeptes, et à la gestion du potentiel
symbolique, économique et politique du mouvement. Au bout du compte,
c’est une radicalisation idéologique, religieuse et politique qui prend
le dessus, exprimée par le militantisme du Falun gong et sa répression
par l’État (p.24-25).
« Le qigong moderne est « né » le 3 mars 1949, dans la « région libérée
» du sud du Hebei. Ce jour-là, Huang Yueting, cadre natif de Wei,
proclame l’adoption officielle du terme qigong pour désigner les
techniques corporelles étudiées depuis quelques années par une équipe de
chercheurs cliniciens placés sous sa direction. La création du qigong
est un acte politique : tout en voulant détruire l’univers social et
symbolique imprégné de « superstition féodale » des maîtres
traditionnels, les nouvelles institutions médicales cherchent à
récupérer les techniques corporelles que ces derniers pratiquent, et à
former un nouveau corps de « travailleurs médicaux » pour les enseigner
dans une structure institutionnelle communiste » (p.40) Le qigong qui se
répandra dans les années 1950 possède trois caractéristiques :
1. La « triple discipline » [santiao] : discipline du
corps (tiaoxing ou tiaoshen), discipline respiratoire (tiaoqi ou
tiaoxi), discipline de l’esprit (tiaoshen ou tiaoxin), la seconde
étant le pivot central.
2. Le travail sur la « sensation de qi » (qigan) : la
pratique du qigong suit le principe de la « correspondance entre
l’esprit et le qi » (yiqi xiangsui) c’est-à-dire que l’esprit suit
le qi, et le qi suit l’esprit. Après avoir pratiqué assez longtemps,
l’adepte peut ressentir des sensations semblables à des picotements
provoqués par le courant électrique, qu’il identifie au qi. Il peut
ensuite, par un effort de concentration, aisément augmenter ou
diminuer la sensation de qi et diriger le courant vers différents
point de son corps.
(*) BOUDREAULTRobert« Le
Petit Yang : dictionnaire synthèse de taiji quan pour débutants »,
Les Ateliers de Tai Ji, St-Nicolas (Québec), 1997, 65 p.
Dictionnaire du taijiquan Robert Boudreault
Les Ateliers de taiji. 2007
3ème édition revue
et mise à jour
ISBN 2-9805604-0-5
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Dictionnaire du taijiquan Robert Boudreault
Les Ateliers de taiji. 2007
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Robert Boudreault enseigne depuis 1985, d’abord au Centre
Psycho-corporel et à l’Université Laval, puis au Service des Loisirs
de la Ville de Lévis, à la Maison des Aînés de Lévis, au Manoir
Manrèse de Québec, au Centre de Yoga de Sainte-Foy et à la Fondation
québécoise du Cancer.
Depuis 1996, il poursuit un programme de formation continue en arts
martiaux internes chinois.
Première édition 26 avril 2007
Modifiée le
11 March 2008