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Chroniques  lechinois.com


Résumé de lecture de
La  fièvre du qigong 
par
Robert Boudreault

La  fièvre du qigong : guérison, religion et politique en Chine, 1949-1999,

par David A. PALMER

Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 2005, 511p.
 

Ce résumé de lectures a été rédigé par Robert Boudreault (*), maître de taiji chez Les Ateliers de Taiji. Il est entendu que le résumé informatif qui suit n’engage que son auteur : Robert Boudreault.
 


L’auteur utilise la définition de Marcel Mauss (de 1902) à l’effet que « les religions sont des agrégats de représentations, de pratiques et d’organisations qui ont une existence historique définie, dans des groupes d’hommes et dans des temps déterminés ». C’est sous cet angle qu’il va considérer le qigong. Danièle Hervieu-Léger le résumait similairement : « un dispositif idéologique, pratique et symbolique par lequel est constituée, entretenue, développée et contrôlée la conscience (individuelle et collective) de l’appartenance à une lignée croyante particulière ». (p.27). Sur l’étymologie et les premières utilisations du terme qigong, il se réfère à Catherine Despeux : aux pages 14-17 il fait une brève mais intéressante rétrospective prise à même cette référence [ « Le qigong, une expression de la modernité chinoise », in Jacques GERNET & Marc KALINOWSKI (éds.), En suivant la Voie Royale. Mélanges en hommage à Léon Vandermeersch. Paris, École française d’Extrême-Orient, p.267-281].





En résumé, le qigong est une tradition inventée : maintenir une tradition typiquement chinoise et l’adapter à la modernité (p.17). Pour garantir son authenticité, on en fait remonter les origines le plus loin possible dans l’Antiquité, jusqu’aux Royaumes Combattants, en y englobant les techniques de daoyin, de méditation, de visualisation, etc. Ainsi cette tradition chinoise, débarrassée de son contexte religieux, politique et social, sera classifiée, raisonnée et donc érigée au rang de science chinoise. Selon l’auteur, son étude démontre qu’il est impossible de séparer l’aspect technique du qigong de ses dimensions idéologiques et sociales (p.19). Cette étude décrit l’émergence, l’organisation et les stratégies de ces groupes, et leurs rapports avec l’État. Elle démontre que le qigong en tant que mouvement social fut le produit d’un mariage ambigu entre l’État et ces groupes populaires, et que la crise du Falungong est le résultat du délitement de cette alliance (p.23). La thèse divise le récit en trois phases distinctes : la première relate la phase de l’institution médicale, de la fondation du qigong par l’État en tant que composante du système de santé, de 1949 à la Révolution culturelle ; la seconde décrit l’explosion religieuse du qigong, de la fin de la Révolution culturelle jusqu’en 1989, période au cours de laquelle le qigong devient un mouvement religieux de masse et acquiert une idéologie légitimatrice se référant aussi bien à la Tradition antique qu’à la Science ; la troisième analyse la crise politique du qigong des années 1990 ; plusieurs stratégies s’affrontent alors, visant au contrôle des milliers de maîtres et des millions d’adeptes, et à la gestion du potentiel symbolique, économique et politique du mouvement. Au bout du compte, c’est une radicalisation idéologique, religieuse et politique qui prend le dessus, exprimée par le militantisme du Falun gong et sa répression par l’État (p.24-25).

« Le qigong moderne est « né » le 3 mars 1949, dans la « région libérée » du sud du Hebei. Ce jour-là, Huang Yueting, cadre natif de Wei, proclame l’adoption officielle du terme qigong pour désigner les techniques corporelles étudiées depuis quelques années par une équipe de chercheurs cliniciens placés sous sa direction. La création du qigong est un acte politique : tout en voulant détruire l’univers social et symbolique imprégné de « superstition féodale » des maîtres traditionnels, les nouvelles institutions médicales cherchent à récupérer les techniques corporelles que ces derniers pratiquent, et à former un nouveau corps de « travailleurs médicaux » pour les enseigner dans une structure institutionnelle communiste » (p.40) Le qigong qui se répandra dans les années 1950 possède trois caractéristiques :

1. La « triple discipline » [santiao] : discipline du corps (tiaoxing ou tiaoshen), discipline respiratoire (tiaoqi ou tiaoxi), discipline de l’esprit (tiaoshen ou tiaoxin), la seconde étant le pivot central.

2. Le travail sur la « sensation de qi » (qigan) : la pratique du qigong suit le principe de la « correspondance entre l’esprit et le qi » (yiqi xiangsui) c’est-à-dire que l’esprit suit le qi, et le qi suit l’esprit. Après avoir pratiqué assez longtemps, l’adepte peut ressentir des sensations semblables à des picotements provoqués par le courant électrique, qu’il identifie au qi. Il peut ensuite, par un effort de concentration, aisément augmenter ou diminuer la sensation de qi et diriger le courant vers différents point de son corps.

 


(*) BOUDREAULT Robert  « Le Petit Yang : dictionnaire synthèse de taiji quan pour débutants », Les Ateliers de Tai Ji, St-Nicolas (Québec), 1997, 65 p.

 
La naissance du qigong moderne page 1
L'évolution du qigong de 1954 à 1980  page 2
Les méthodes de qigong page 3
Le qigong mouvement religieux de masse   page 4
Consolidation des lignées de masse page 5
Le démantèlement du monde du qigong. page 6

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Robert Boudreault enseigne depuis 1985, d’abord au Centre Psycho-corporel et à l’Université Laval, puis au Service des Loisirs de la Ville de Lévis, à la Maison des Aînés de Lévis, au Manoir Manrèse de Québec, au Centre de Yoga de Sainte-Foy et à la Fondation québécoise du Cancer.

Depuis 1996, il poursuit un programme de formation continue en arts martiaux internes chinois.


Première édition 26 avril 2007
Modifiée le 30 septembre 2015