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Chroniques  lechinois.com

Mes amis chinois,
des portraits historiques
par
Robert Boudreault

Mozi / Mo Tseu 
( circa 479-372 av. J.-C.)

 

On en sait très peu sur la vie de Mozi, probablement issu du milieu des artisans de la Plaine centrale si l’on se fie aux nombreuses anecdotes faisant état de ses compétences dans le maniement de divers outils. D’où le caractère souvent pragmatique de ses propos et sa préoccupation pour l’utilitarisme.

Nous sommes à la fin de l’époque des Printemps et des Automnes, soit la fin de la féodalité des Zhou, et au début de la période dite des Royaumes combattants, laquelle se terminera par l’unification sous le premier empereur.

Sa philosophie représente donc, à la fois, un prolongement et une critique radicale de l’humanisme confucéen. Elle a pour objectif de répondre directement aux besoins croissants de connaissances techniques et de compétences bureaucratiques fournies par la classe montante des Lettrés. En conséquence, il substituera à l’idéal de l’homme de bien la figure de l’homme capable.




Mozi et ses successeurs  sont issus des hie, ces chevaliers errants dont les « paroles furent toujours sincères et dignes de confiance, et leurs actions toujours rapides et décisives » et nous savons que les moïstes s’étaient donné une organisation  strictement disciplinée, capable d’actions militaires. Cependant, ils différaient des chevaliers errants ordinaires sous deux aspects : ils étaient rigoureusement opposés à toute guerre d’agression, ne consentant à combattre que dans des guerres de légitime défense, et leur code d’éthique avait une justification rationnelle, celle du bien commun.

Ses écrits ont été rassemblés sous le vocable éponyme Le Mozi qui comporte trois parties : Les 10 thèses [auxquelles souscrit Menzi] ; Le canon moïste ; Les questions de génie militaire [techniques de défense, interventions militaires]. Ce qui ressort, c’est que le critère d’utilité l’emporte sur tout argument d’autorité ou de tradition. L’utilitarisme moïste est en fait une obsession de la fonctionnalité poussée à son comble, qui ne fait agir que dans un but déterminé.

Le principe de l’amour universel de Mozi deviendra le fondement de toute action morale. On pourrait dire sollicitude par assimilation i.e. l’assimilation des autres à soi-même, ce qui n’est pas l’amour pour autrui de Confucius, mais bien plutôt une préoccupation impartiale et raisonnée pour tous les hommes comme une fin en soi. Le tout est d’amener la nature humaine à convertir son intérêt individuel en intérêt général, chacun trouvant son compte dans le bien commun .

Mozi est le seul penseur à faire de l’égoïsme la cause fondamentale de la guerre : l’homme est tellement obnubilé par la poursuite de ses intérêts, tellement aveuglé par la partialité des liens qui l’unissent à sa famille et à son pays, qu’il en vient à ne plus voir dans ses semblables que des étrangers, et, dans le cas extrême de la guerre, à ne plus savoir qu’un crime est un crime.

Bien que l’idée centrale du Mozi se fonde sur la nécessité de l’amour universel comme seul régulateur efficace des relations humaines, d’où une philosophie de sobriété, et de haine de la guerre, il demeure pessimiste, car il ne croit pas que les hommes y soient enclins naturellement.

Pour Mozi, l’autorité du chef de l’État découle de deux sources : la volonté du peuple et la volonté de Dieu. Le chef de l’État est établi par la volonté du peuple pour sauver celui-ci de l’anarchie et la fonction principale de l’État devient celle d’unifier les normes i.e. faire disparaître les normes individuelles et donc arbitraires, et il incarne le bien commun. En conséquence, l’État doit être totalitaire et l’autorité de son chef, absolue.

Références

CHENG Anne. (1955 - ) Histoire de la pensée chinoise, Seuil, Paris, 1997, Coll. Points, Essai no 488, 696 p. Voir le chapitre 3 : Le défi de Mozi à l’enseignement de Confucius (pp.94-109).

DUTOURNIER Guillaume. Mozi et Confucius, Le Point, no hors-série 13, mars-avril 2007, pp.78-79.

ELISSEEFF Vadime & Danielle ELISSEEFF La Civilisation de la Chine classique, Arthaud, coll. Les grandes civilisations, Paris, [1979, 629p.], 2è édition 1987, 503 p.

FONG Yeou-Lan [1895-1991].  Précis d'histoire de la philosophie chinoise, Éd. Le Mail, [1952], 367 p.  Voir le chapitre V : Mo-Tseu, le premier adversaire de Confucius

Les Ateliers de taiji

Saint-Nicolas, janvier 2009.

 

Suggestions de lectures:

1. La philosophie chinoise
2. Un aperçu de l'histoire de Chine
3. Les arts chinois
4. Les coutumes chinoises
5. Le taijiquan et le qigong
6. La littérature chinoise
 

Portraits historiques

1. Confucius
2. Laozi
3. Mozi
4. Sunzi
 


Que l’on s’intéresse à la performance sportive, à la tradition, à la simple conformité gestuelle, à la santé ou aux applications martiales, une stratégie pour acquérir une culture générale du taijiquan comporte un apprentissage de la forme, la maîtrise des principes régissant les gestes et le développement de l’harmonie du mouvement. Cette harmonie requiert une connaissance de la pensée chinoise et de la société qui a donné naissance à cet art martial. À l’heure de la mondialisation, il est pertinent que le taijiquan serve de fondement d’un contrat culturel, car par cette culture de soi on développe sa volonté, on cultive son esprit, on épanouit sa personne et la met au service de la société.

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       Wuning Taiji Robert Boudreault



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Robert Boudreault
Les Ateliers de taiji. 2007
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et mise à jour
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Plus qu’une simple technique, le taijiquan est un art de l’esprit, l’esprit d’une tradition et la tradition d’une civilisation. Il est l’expression de l’harmonie de l’intérieur et de l’extérieur, de l’esprit et du corps, de Laozi et de Confucius.
 


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Robert Boudreault enseigne depuis 1985, d’abord au Centre Psycho-corporel et à l’Université Laval, puis au Service des Loisirs de la Ville de Lévis, à la Maison des Aînés de Lévis, au Manoir Manrèse de Québec, au Centre de Yoga de Sainte-Foy et à la Fondation québécoise du Cancer.

Depuis 1996, il poursuit un programme de formation continue en arts martiaux internes chinois.


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Première édition 18 octobre 2008
Modifiée le 30 septembre 2015