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3-
Les caractères formés par association : huiyizi
会意字.
Ce sont ces caractères que l’on appelle généralement
« idéogrammes » et qui sont des espèces de « puzzles » sémantiques,
formés d’une combinaison de deux ou plusieurs autres caractères,
généralement des pictogrammes primitifs. Le sens global est déduit
du rapport sémantique et logique établi entre ses différents
composants.
Ainsi :
秋
qiu
« automne » (c’est la saison où les céréales, he,
禾,
ont la couleur du feu, huo,
火)
愁
chou
« tristesse » (représenté par le cœur, xin,
心
, dans l’automne
秋).
明
ming
« clair, lumineux », représenté par le soleil, ri
日,
à côté de la lune yue
月).
安
an
« paix, tranquillité », (une femme nü
女sous
un toit mian). Ce qui donne, au passage, une bonne illustration
de ce que les anciens Chinois se faisaient comme idée d’un bonheur
simple et tranquille (une seule femme était représentée, ce qui
pourrait indiqué que la coutume de la polygamie est apparue plus
tardivement). Même remarque pour le caractère婦
(fu, épouse, simplifié en
妇)
qui est une combinaison de nü女
femme et de zhou帚balai,
piètre image de la femme idéale au foyer !
仙 xian « ermite, immortel », composé de
人ren
« homme » et de
山shan
« montagne » (l’homme qui vit retiré dans la montagne).
休
xiu « se reposer », est l’image d’un homme (ren
人)
s’abritant sous un arbre (mu
木).
相
xiang « observer attentivement », formé, à gauche, de mu
木
« arbre » et, à droite, du caractère mu
目
« œil », avec la signification probable d’un homme regardant dans
ses détails un arbre avec ses feuilles.
è
Un procédé fréquent pour créer des caractères de cette catégorie est
de dupliquer un caractère qui représente généralement une chose
dénombrable. Le résultat est la formation du collectif
correspondant :
Par exemple, à partir du caractère
木, mu
« arbre », on a crée les composé
林
lin qui signifie « forêt, bosquet » (deux arbres) et sen
森
qui indique de « nombreux arbres » et par là le sens dérivé
d’abondant, de très nombreux (en langue parlée on dira senlin
森
林pour
« forêt » en général)
Même
logique pour :
人
ren « homme » qui devient
从
cong « suivre » (un homme suit un autre) et
众
zhong « la foule ».
石
shi « pierre » devient
磊lei
« empilement de pierres »
水
shui
« eau » qui, dupliqué par deux fois, devient
淼miao
« une grande étendue d’eau »
火
huo le « feu », qui, dupliqué une fois, devient
炎yan
« brûler, chaud, brûlant, inflammation» et qui, dupliqué deux fois,
devient
焱
yan « grande flamme ».
4-
Les idéophonogrammes: xingshengzi
形声字
ou xieshengzi
谐声字.
Ces caractères sont de loin les plus nombreux. Ils
représentent, avons-nous vu, près de 90% de l’ensemble des
caractères chinois actuels. C’est dire le succès de cette méthode de
formation de caractères. Ces caractères sont constitués de deux
parties : une partie dite phonétique (que nous appellerons par le
substantif au masculin : « le phonétique ») qui représente le son du
caractère (elle se dit sheng pang
声旁
« son-partie » ou sheng fu
声符
« son-marque ») et une partie représentant le sens général du
caractère ou plutôt le domaine sémantique auquel il se rattache
(généralement disposée du côté droit mais qui peut se trouver à
gauche, au dessus ou au dessous). Cette dernière partie est appelée
xing pang
形旁 « forme-partie »
ou yi fu
意符
« sens-marque » et c’est la fameuse « clef » ou « radical » (bu shou
部首)
qui permet de retrouver un caractère dans un dictionnaire (voir plus
bas).
C’est la raison pour laquelle on appelle aussi ces
caractères des « idéophonogrammes »
è
Attention : Pour qu’un caractère soit catalogué dans cette
catégorie, il doit impérativement comporter ces deux parties. Ainsi,
un caractère qui possède une clef (comme d’ailleurs tous les
caractères) mais sans élément phonétique, n’appartient pas à cette
catégorie. C’est le cas généralement des caractères formés par
combinaison de caractères (la troisième catégorie) dont forcément
l’un est une clef mais l’autre n’est pas phonétique comme ming
明
« clair» :
la clef est celle du soleil, ri
日,
mais le deuxième élément, représentant la lune yue
月,
n’est pas un phonétique. En revanche, il peut y avoir parfois
amalgame entre les catégories : par exemple le caractère仙xian
« ermite » est généralement considéré comme un représentant de la
troisième catégorie (voir plus haut) alors que l’un de ses
composants, le caractère山
/shan/ « montagne », est pourtant un phonétique « dûment classé
comme tel » et qui prend parfois la valeur phonique de /xian/ comme
c’est le cas ici (on le retrouve avec cette valeur dans
籼
xian « riz à grains longs » (clef des céréales, he
禾-
ou
氙
xian (clef de l’air, énergie qi
气),
création récente pour « xénon ». A ce titre, on est autorisé à
classer ce caractère dans la catégorie des idéophonogrammes (nous
verrons plus bas d’autres exemples où le phonétique porte également
du « sens »).
En
voici un exemple typique pour illustrer le principe général:
Le caractère
语
(non simplifié語)
yu « langue ou langage » est ainsi composé de la clé yan
言
« parole » (l’ancienne figure montre bien les ondes sonores sortant
de la bouche) et qui est celle utilisée pour indiquer que le mot à
un rapport d’une manière ou d’une autre avec la parole ou la
communication. Elle est ainsi utilisée pour les mots suivants :
诗
shi, « poésie » (qui était chantée à l’époque ancienne, d’où le
choix de cette clé) ;
诰
gao, « annoncer » ;
课
ke, « leçon » etc.
Ensuite, sur son côté droit, on trouve la partie
phonétique, ici
吾
« moi » prononcé isolément /wu/ (et que l’on retrouve avec cette
fonction phonétique dans d’autres mots comme
梧
wu «sterculier » (espèce d’arbre à feuille de platane avec la clef
de l’arbre木) ;
悟
wu « comprendre, prendre conscience » (clé du cœur
心) ;
晤
wu « brillant, lumineux » (clé du soleil日)
etc. Nous voyons que tous ces caractères sont prononcés /wu/ comme
leur « phonétique » et ne se distinguent que par leur clef. La
prononciation du mot语
« langage » /yu/ apparaît ainsi différente de celle de son élément
phonétique wu. Cela s’explique, comme on le verra plus bas, par
l’évolution de la langue chinoise et de ses nombreux dialectes. Mais
à l’époque ancienne où cette série phonétique a été constituée
autour du caractère wu, tous les mots dont il servait à indiquer le
son, devaient être prononcés de façon très proche.
Nous allons maintenant détailler ces deux
composantes :
a-
La partie sémantique
Nous avons vu en introduction que le lettré des Han
postérieurs, Xu Shen, fut l’inventeur de la notion de « clef », cet
élément graphique, commun à plusieurs caractères et renvoyant à un
sens générique. Il en avait dénombré 540. Depuis, ce nombre est
resté quasiment inchangé,
jusqu’au début de la dynastie des Ming
明
(1368-1644) près de 1500 plus tard, quand Mei Yingzuo 梅膺祚dans
son Zihui
字汇« Registre
des caractères » (33 440 caractères), a considérablement modifié le
système de Xu Shen (au point qu’il est parfois difficile de voir une
filiation entre les deux approches) et réduit ce nombre à 214.
C’est ce système à 214 clefs qui a été adopté dans le fameux
« dictionnaire de Kangxi »
au cours de la dynastie suivante des Qing
清
(Les Mandchous, 1644-1911). Ce dictionnaire, le Kangxi zidian
康熙字典,
comportait 47 035 caractères et préfigura les dictionnaires modernes
qui ont conservé le même système des 214 clefs,
comme le Hanyu dazidian
汉语大字典
« Le grand dictionnaire du chinois » (qui est encore plus riche que
le précédent avec 60 000 caractères !) et parfois avec quelques
adaptations (en comptant comme clefs certaines variantes comme le
xiandai hanyu zidian « Dictionnaire du chinois moderne » qui inclut
250 clefs)
Comme vous devez le savoir, les « clefs » servent
essentiellement à classer les caractères et à les rechercher dans un
dictionnaire (voir plus bas).
Exemples de « clefs »
Nous avons vu plus haut la clé de la « parole » yan
言.
C’était, à l’époque de Xu Shen, (de même qu’aujourd’hui mais avec
une fréquence différente) une clef très courante comme celle du
« bois », mu
木,
laquelle regroupait alors 421 caractères classés sous cette même
clef. Il y a aussi la clef du « jade », yu
玉,
avec ses 126 caractères ou encore celle de l ’ « homme », ren
人,
et ses 245 caractères qui la partagent. La clef du « cœur », xin
心,
sert, elle, pour tous les caractères indiquant une idée, un
concept : les anciens Chinois croyaient en effet que le cœur était
le siège de la pensée comme le disait le philosophe Meng zi :
心之官则思,
xin zhi guan ze si, « l’organe du cœur, c’est la pensée ». Et c’est
pourquoi le caractère de pensée
思,
par exemple, est justement rangé sous cette clé. Il y a aussi la clé
de l’eau, shui
水
que l’on retrouve dans les caractères suivants (entre de nombreux
autres) : he
河
« fleuve, diminutif pour Fleuve Jaune : huang he
黄
河),
jiang
江
(fleuve, diminutif pour Fleuve Bleu, chang jiang
长江,
littéralement « Long Fleuve »), shen
深
« profond », qian
浅
« peu profond », qing
清
« clair, limpide », liu
流
« couler », mei 没(« négation,
ne…pas », car à l’origine ce caractère signifiait la disparition
dans l’eau, que l’on retrouve dans l’expression shen mo
沈没
« sombrer, faire naufrage », où /mei/ est prononcé /mo/).
è
Dans de nombreux cas, la clef entretient un rapport vague, voire
très vague avec le sens du caractère, au point que parfois il est
même impossible d’en imaginer un. Par exemple, si la clef de
l’insecte hui
虫
se retrouve logiquement dans le mot yi « fourmi »
蚁,
on ne voit pas bien (apparemment, voir plus bas) ce qu’elle fait
dans le caractère hong
虹
« arc-en-ciel » qui est un phénomène naturel. De même, la clef de
l’homme n’a a priori aucun lien avec le sens des caractères
suivants :
侧
ce
«côté, oblique », fu 付
« payer, livrer », zuo 作
« faire » etc.
Toutefois, le rapport apparemment incongru entre la clef et le mot
s’éclaire à la lumière des anciennes croyances ou représentations du
monde, aujourd’hui disparues, mais qui prévalaient à l’époque de la
formation des caractères. Ainsi, on explique la clef de l’insecte
dans hong
虹 « arc-en-ciel »
par la croyance des anciens Chinois qui se représentaient ce
phénomène naturel sous la forme d’un dragon ou d’un serpent. De
même, explique-t-on généralement la présence de la clef de la femme
(nü
女)
dans le caractère xing
姓
qui signifie « nom de famille » comme une réminiscence d’une
organisation matriarcale qui existait, semble-t-il, au tout début de
la société chinoise [Nous verrons plus loin un exemple où c’est le
« phonétique » qui renseigne sur les coutumes anciennes : cas du
caractère /hun/
婚
« mariage », dont la présence du phonétique /hun/
昏nous
indique que les anciens Chinois se mariaient au crépuscule)
è
Notons qu’une clé peut souvent indiquer également le son du
caractère, et se comporter exactement comme la partie phonétique
(voir plus loin). Par exemple,
冰,
bing « la glace » est formé de la clé qui signifie elle-même
« congelé » et se prononce /bing/. De même la clef du métal jin
金est
phonétique dans
钦
qin
« respecter, impérial »,
锦
jin « brocart » .
èCertaines
clefs peuvent s’employer, selon les caractères, tantôt comme simple
clef et tantôt comme un phonétique. C’est le cas de la clef de mu
木
« bois, arbre » qui se comporte comme un phonétique dans mu
沐
« laver » (caractère classé sous la clef de l’eau), et comme clef
(qu’il est par définition) dans bai
柏
« cyprès »
(dont le phonétique est bai
白
« blanc »).
Nous avons également la clé du feu huo
火
qui est assimilée à un phonétique dans
伙
/huo/ « ustensile, compagnon »
è
Attention :
Les clefs du métal, jin
金,
du bois, mu
木
et du feu
火,
se comportent bien parfois comme des « éléments phonétiques » mais
ne sont pas pour autant répertoriées en tant que tels, tout au moins
dans les listes du père Léon Wieger par exemple]
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