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Chroniques  lechinois.com

Les six modes de formation des caractères chinois
par Patrick Mansier

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3- Les caractères formés par association : huiyizi 会意字.

         Ce sont ces caractères que l’on appelle généralement « idéogrammes » et qui sont des espèces de « puzzles » sémantiques, formés d’une combinaison de deux ou plusieurs autres caractères, généralement des pictogrammes primitifs. Le sens global est déduit du rapport sémantique et logique établi entre ses différents composants.

Ainsi :

qiu « automne » (c’est la saison où les céréales, he, ,  ont la couleur du feu, huo, )

chou « tristesse » (représenté par le cœur, xin, , dans l’automne ).

ming « clair, lumineux », représenté par le soleil, ri , à côté de la lune yue ).

an « paix, tranquillité », (une femme nü sous un toit mian). Ce qui donne, au passage, une bonne illustration de ce que les anciens Chinois se faisaient comme idée d’un bonheur simple et tranquille (une seule femme était représentée, ce qui pourrait indiqué que la coutume de la polygamie est apparue plus tardivement). Même remarque pour le caractère (fu, épouse, simplifié en ) qui est une combinaison de nü femme et de zhoubalai, piètre image de la femme idéale au foyer !




xian « ermite, immortel », composé de ren « homme » et de shan   « montagne » (l’homme qui vit retiré dans la montagne).

xiu « se reposer », est l’image d’un homme (ren ) s’abritant sous un arbre (mu ).

xiang « observer attentivement », formé, à gauche, de mu  « arbre » et, à droite, du caractère mu « œil », avec la signification probable d’un homme regardant dans ses détails un arbre avec ses feuilles.

è Un procédé fréquent pour créer des caractères de cette catégorie est de dupliquer un caractère qui représente généralement une chose dénombrable. Le résultat est la formation du collectif correspondant :

         Par exemple, à partir du caractère , mu « arbre », on a crée les composé lin qui signifie « forêt, bosquet » (deux arbres) et sen qui indique de « nombreux arbres » et par là le sens dérivé d’abondant, de très nombreux (en langue parlée on dira senlin pour « forêt » en général)

Même logique pour :

ren « homme » qui devient cong « suivre » (un homme suit un autre) et zhong « la foule ».

  shi « pierre » devient lei « empilement de pierres »

shui « eau » qui, dupliqué par deux fois, devient miao « une grande étendue d’eau »

huo le « feu », qui, dupliqué une fois, devient yan « brûler, chaud, brûlant, inflammation» et qui, dupliqué deux fois, devient yan « grande flamme ».

4- Les idéophonogrammes: xingshengzi 形声字 ou xieshengzi  谐声字.

         Ces caractères sont de loin les plus nombreux. Ils représentent, avons-nous vu, près de 90% de l’ensemble des caractères chinois actuels. C’est dire le succès de cette méthode de formation de caractères. Ces caractères sont  constitués de deux parties : une partie dite phonétique (que nous appellerons par le substantif au masculin : « le phonétique ») qui représente le son du caractère (elle se dit sheng pang 声旁 « son-partie » ou sheng fu 声符 « son-marque ») et une partie représentant le sens général du caractère ou plutôt le domaine sémantique auquel il se rattache (généralement  disposée du côté droit mais qui peut se trouver à gauche, au dessus ou au dessous). Cette dernière partie est appelée xing pang 形旁 « forme-partie » ou yi fu 意符 « sens-marque » et c’est la fameuse « clef » ou « radical » (bu shou 部首) qui permet de retrouver un caractère dans un dictionnaire (voir plus bas).

         C’est la raison pour laquelle on appelle aussi ces caractères des « idéophonogrammes »

è Attention : Pour qu’un caractère soit catalogué dans cette catégorie, il doit impérativement comporter ces deux parties. Ainsi, un caractère qui possède une clef (comme d’ailleurs tous les caractères) mais sans élément phonétique, n’appartient pas à cette catégorie. C’est le cas généralement des caractères formés par combinaison de caractères (la troisième catégorie) dont forcément l’un est une clef mais l’autre n’est pas phonétique comme ming « clair» : la clef est celle du soleil, ri , mais le deuxième élément, représentant la lune yue , n’est pas un phonétique. En revanche, il peut y avoir parfois amalgame entre les catégories : par exemple le caractèrexian « ermite » est généralement considéré comme un représentant de la troisième catégorie (voir plus haut) alors que l’un de ses composants, le caractère /shan/  « montagne », est pourtant un phonétique « dûment classé comme tel » et qui prend parfois la valeur phonique de /xian/ comme c’est le cas ici (on le retrouve avec cette valeur dans xian « riz à grains longs » (clef des céréales, he - ou xian (clef de l’air, énergie qi ), création récente pour « xénon ». A ce titre, on est autorisé à classer ce caractère dans la catégorie des idéophonogrammes (nous verrons plus bas d’autres exemples où le phonétique porte également du « sens »).

En voici un exemple typique pour illustrer le principe général:

         Le caractère (non simplifié) yu « langue ou langage » est ainsi composé de la clé yan    « parole » (l’ancienne figure montre bien les ondes sonores sortant de la bouche) et qui est celle utilisée pour indiquer que le mot à un rapport d’une manière ou d’une autre avec la parole ou la communication. Elle est ainsi utilisée pour les mots suivants : shi, « poésie » (qui était chantée à l’époque ancienne, d’où le choix de cette clé) ; gao, « annoncer » ; ke, « leçon » etc.

         Ensuite, sur son côté droit, on trouve la partie phonétique, ici   « moi » prononcé isolément /wu/ (et que l’on retrouve avec cette fonction phonétique dans d’autres mots comme wu «sterculier » (espèce d’arbre à feuille de platane avec la clef de l’arbre) ; wu « comprendre, prendre conscience » (clé du cœur ) ; wu « brillant, lumineux » (clé du soleil) etc. Nous voyons que tous ces caractères sont prononcés /wu/ comme leur « phonétique » et ne se distinguent que par leur clef. La prononciation du mot « langage » /yu/ apparaît ainsi différente de celle de son élément phonétique wu. Cela s’explique, comme on le verra plus bas, par l’évolution de la langue chinoise et de ses nombreux dialectes. Mais à l’époque ancienne où cette série phonétique a été constituée autour du caractère wu, tous les mots dont il servait à indiquer le son, devaient être prononcés de façon très proche.

Nous allons maintenant détailler ces deux composantes :

a- La partie sémantique 

         Nous avons vu en introduction que le lettré des Han postérieurs, Xu Shen, fut l’inventeur de la notion de « clef », cet élément graphique, commun à plusieurs caractères et renvoyant à un sens générique. Il en avait dénombré 540. Depuis, ce nombre est resté quasiment inchangé[1], jusqu’au début de la dynastie des Ming (1368-1644) près de 1500 plus tard, quand Mei Yingzuo 梅膺祚dans son Zihui 字汇« Registre des caractères » (33 440 caractères), a considérablement modifié le système de Xu Shen (au point qu’il est parfois difficile de voir une filiation entre les deux approches) et réduit ce nombre à 214.

C’est ce système à 214 clefs qui a été adopté dans le fameux « dictionnaire de Kangxi »[2] au cours de la dynastie suivante des Qing (Les Mandchous, 1644-1911). Ce dictionnaire, le Kangxi zidian 康熙字典, comportait 47 035 caractères et préfigura les dictionnaires modernes qui ont conservé le même système des 214 clefs[3], comme le Hanyu dazidian 汉语大字典 « Le grand dictionnaire du chinois » (qui est encore plus riche que le précédent avec 60 000 caractères !) et parfois avec quelques adaptations (en comptant comme clefs certaines variantes comme le xiandai hanyu zidian « Dictionnaire du chinois moderne » qui inclut 250 clefs) 

         Comme vous devez le savoir, les « clefs » servent essentiellement à classer les caractères et à les rechercher dans un dictionnaire (voir plus bas).

Exemples de « clefs »

         Nous avons vu plus haut la clé de la « parole » yan  . C’était, à l’époque de Xu Shen, (de même qu’aujourd’hui mais avec une fréquence différente) une clef très courante comme celle du « bois », mu , laquelle regroupait alors 421 caractères classés sous cette même clef. Il y a aussi la clef du « jade », yu , avec ses 126 caractères ou encore celle de l ’ « homme », ren , et ses 245 caractères qui la partagent. La clef du « cœur », xin , sert, elle, pour tous les caractères indiquant une idée, un concept : les anciens Chinois croyaient en effet que le cœur était le siège de la pensée comme le disait le philosophe Meng zi : 心之官则思, xin zhi guan ze si, « l’organe du cœur, c’est la pensée ». Et c’est pourquoi le caractère de pensée , par exemple, est justement rangé sous cette clé. Il y a aussi la clé de l’eau, shui que l’on retrouve dans les caractères suivants (entre de nombreux autres) : he « fleuve, diminutif pour Fleuve Jaune : huang he ), jiang (fleuve, diminutif pour Fleuve Bleu, chang jiang 长江, littéralement « Long Fleuve »), shen « profond », qian « peu profond », qing « clair, limpide », liu « couler », mei (« négation, ne…pas », car à l’origine ce caractère signifiait la disparition dans l’eau, que l’on retrouve dans l’expression shen mo 沈没 « sombrer, faire naufrage », où /mei/ est prononcé /mo/).

è Dans de nombreux cas, la clef entretient un rapport vague, voire très vague avec le sens du caractère, au point que parfois il est même impossible d’en imaginer un. Par exemple, si la clef de l’insecte hui [4] se retrouve logiquement dans le mot yi « fourmi » , on ne voit pas bien (apparemment, voir plus bas) ce qu’elle fait dans le caractère hong « arc-en-ciel » qui est un phénomène naturel. De même, la clef de l’homme n’a a priori aucun lien avec le sens des caractères suivants : ce «côté, oblique », fu  « payer, livrer », zuo   « faire » etc.

Toutefois, le rapport apparemment incongru entre la clef et le mot s’éclaire à la lumière des anciennes croyances ou représentations du monde, aujourd’hui disparues, mais qui prévalaient à l’époque de la formation des caractères. Ainsi, on explique la clef de l’insecte dans hong  « arc-en-ciel » par la croyance des anciens Chinois qui se représentaient ce phénomène naturel sous la forme d’un dragon ou d’un serpent. De même, explique-t-on généralement la présence de la clef de la femme (nü ) dans le caractère xing qui signifie « nom de famille » comme une réminiscence d’une organisation matriarcale qui existait, semble-t-il, au tout début de la société chinoise [Nous verrons plus loin un exemple où c’est le « phonétique » qui renseigne sur les coutumes anciennes : cas du caractère /hun/ « mariage », dont la présence du phonétique /hun/ nous indique que les anciens Chinois se mariaient au crépuscule)

è Notons qu’une clé peut souvent indiquer également le son du caractère, et se comporter exactement comme la partie phonétique (voir plus loin). Par exemple, , bing « la glace » est formé de la clé    qui signifie elle-même « congelé » et se prononce /bing/. De même la clef du métal jin est phonétique dans qin « respecter, impérial »,   jin « brocart » .

èCertaines clefs peuvent s’employer, selon les caractères, tantôt comme simple clef et tantôt comme un phonétique. C’est le cas de la clef de mu « bois, arbre » qui se comporte comme un phonétique dans mu « laver » (caractère classé sous la clef de l’eau), et comme clef (qu’il est par définition) dans bai « cyprès » (dont le phonétique est bai « blanc »). Nous avons également la clé du feu huo qui est assimilée à un phonétique dans /huo/ « ustensile, compagnon »

è Attention : Les clefs du métal, jin , du bois, mu et du feu , se comportent bien parfois comme des « éléments phonétiques » mais ne sont pas pour autant répertoriées en tant que tels, tout au moins dans les listes du père Léon Wieger par exemple]

 

[1] Deux clefs ont été ajoutées à l’époque des Nanbeichao (« Dynasties du Sud et du  Nord», 南北朝,420-589 ap. J.C.) par Gu Yewang dans son Yupian 玉篇(en 30 volumes juan ou « rouleaux » et comportant 16 917 caractères)

[2] 康熙 Kang Xi (1661--1722), second empereur des Qing.

[3] Ce grand travail de classification des caractères, bien que parfois imparfait et fautif, est considéré comme le plus scientifique et le plus beau. Notons au passage que le 康熙 classait les clefs non pas par nombre de traits comme on le fait de nos jours, mais selon une classification assez poétique -- et relativement arbitraire.

[4] Ce caractère est prononcé /hui/ en tant que clef et /chong/ quand il représente son sens propre de « insecte », comme c’est souvent le cas pour plusieurs clefs.

        

 

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Première édition 25 mars 2004
Modifiée le 30 septembre 2015