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Chroniques  lechinois.com

Les six modes de formation des caractères chinois
par Patrick Mansier

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autant que nous en faisons,  à chacune de ses significations, des caractères différents).

Nous verrons (paragraphe suivant) que le même problème de définition apparaît pour la catégorie des « caractères d’emprunt » (6ème et dernière des « six catégories » traditionnelles).

De nombreux lexicographes chinois, pour ces mêmes raisons, ont traité à part ces deux dernières catégories qu’ils ne rangeaient plus dans les « modes de formation des caractères ».

Nous pourrions nous arrêter à ce stade, en excluant tout simplement cette  catégorie (et la suivante) de notre présentation des modes de formation.

Cependant, nous allons voir au travers des rares exemples illustrant cette catégorie que les caractères qui en font partie présentent en réalité de plus ou moins légères modifications graphiques par rapport au caractère auxquels ils sont supposés avoir « volé » (transféré) le sens. On pourrait donc parler, à leur propos, de « nouveaux caractères » formés par « transformation ». Plusieurs auteurs, surtout occidentaux, n’ont pas hésité, du fait de cette particularité, à définir cette catégorie comme celle des « caractères formés par transformation (sous entendue graphique)». Ce « retournement » se base en partie sur un autre sens du terme zhuan qui peut effectivement revêtir également cette signification comme dans zhuanbian 转变 « se transformer », « changer », « évoluer ».




C’est la raison pour laquelle, nous nous sommes penchés malgré tout sur cette catégorie un peu spéciale. Et heureusement, dirions-nous, car son étude nous a fait découvrir de nouvelles perspectives inattendues.

b-Les exemples

         L’exemple canonique est celui des caractères kao et lao 

Il n’existe peu d’autres exemples répertoriés dans les gloses chinoises sur ce sujet. Nous n’avons laborieusement trouvé que deux autres exemples lesquels, eux-aussi, semblent être le produit d’une transformation du caractère « source » à l’origine du transfert.

Soit par translation :

fu «tertre, abondant, grande colline» serait le résultat d’une rotation à 90% vers la gauche du caractère de la  « montagne »   (par la suite on aurait ajouté le signe de dix que l’on peut voir en dessous) [fu    est aussi une clef que l’on trouve sous une forme abrégée comme on peut le voir à la gauche du caractère : qian « chemin surélevé »]

Soit par fusion :

qia « barrière » qui est né d’une fusion des deux caractères shang « dessus » et xia »dessous ». A l’origine ce caractère désignait un poste de garde ou de douane situé sur une hauteur pour surveiller les deux côtés d’une route afin de recueillir les taxes de passage ou surveiller un passage stratégique.

XXX

         La démonstration n’est pas très convaincante et les exemples « canoniques » sont trop limités, car on ne voit pas toujours clairement les liens sémantiques entre les caractères « source » et « cible » du transfert . De plus les « transformations » en jeu semblent parfois impliquer plusieurs caractères.

C’est pourquoi, nous serions tentés d’enrichir considérablement cette catégorie en lui associant ce que l’on appelle en lexicographie traditionnelle chinoise les couples de caractères dits « mère/fils »[1]. Les caractères pris dans cette relation particulière partagent en effet entre eux un certain sens et ne se distinguent que par une modification portant sur certains traits seulement. Ce qui ressemble étrangement à la définition des « caractères formés par transformation ». Du coup, par cette extension, les exemples illustrant cette catégorie de « transfert » (interprété comme « transformation »), deviennent beaucoup plus nombreux.

En voici plusieurs exemples :

Caractères « mère »

Caractères « fils »

mu « mère »

wu « ne…pas »

xiao « petit »

shao « peu »

ji « élevé, haut-plateau »

yuan « principe, premier »

yong « utiliser »

yong  « unité de mesure »

yan « parole »

yin « son »

shi « affaire , événement»

shi « histoire, chronique, annale »

sheng « naître »

xing « nature »

bu « ne…pas »

pi « grand », « ne…pas »

          En réalité, ces séries de caractères « mère-fils » comprennent une grande quantité de mots qui appartiennent à pratiquement toutes les autres des « six catégories ». Les Chinois y associent en effet de nombreux « idéophonogrammes » qui entretiennent une telle relation de filiation avec un pictogramme primitif (devenu souvent, nous le verrons, sa « partie phonétique », voir catégorie suivante). De même, les Chinois y rapporte les idéogrammes de la deuxième catégorie qui dérivent de façon évidente d’un pictogramme (voir plus haut, l’exemple de l’idéogramme ben « racine » qui provient du pictogramme de l’arbre mu  ).

         Prise ainsi au sens large, en la reliant au concept de caractères « mère-fils », cette 5ème catégorie (même limitée à l’interprétation « graphique »), se révèle ainsi beaucoup plus féconde qu’on aurait pu le penser dans un premier temps. 

6- Les caractères formés par emprunt :  jiajiezi 假借字.

a- Présentation traditionnelle de cette catégorie.

Les anciens Chinois pensaient que d’anciens caractères ont pu, dans le cours du temps, être « empruntés » pour servir à représenter d’autres mots de la langue, de sens différent, et qui n’avaient pas, jusqu’alors, de caractères correspondants (et n’étaient donc pas écrits !). La seule condition pour réaliser l’opération était que le caractère ainsi emprunté devait avoir une prononciation voisine si ce n’est semblable au nouveau mot qu’il servait désormais aussi à désigner[2].

L’exemple classique généralement donné est celui du caractère lai qui signifiait à l’origine « blé », et qui a, par la suite, servi à représenter l’action de « venir »,  de même prononciation /lai/, qui n’était pas alors écrit, sens que ce caractère a conservé depuis. C’est donc en rapport avec son nouveau sens de « venir », que le  caractèreest considéré par les lexicographes chinois comme un « caractère formé par emprunt »

Dans le même temps (ou plus tard dans le cours du temps ?), le pictogramme d’origine a généralement été modifié pour le « renvoyer », de façon univoque, à son sens premier, et bien le distinguer de son nouvel usage sémantique en tant qu’emprunt.

Comme nous le verrons dans les exemples présentés ci-dessous, la modification apportée a consisté généralement à adjoindre une clé au pictogramme primitif, lequel a pris alors la valeur d’un « phonogramme », non seulement pour noter le son de lui-même dans ce nouvel « idéophonogramme » qui le contient, mais également de façon générique pour de nombreux autres caractères. On assiste là, tout simplement, à la genèse d’idéophonogrammes à partir d’anciens pictogrammes.


[1]  [plus précisément caractères muzi 母字 « mère » et caractères « par subdivision ou dissociation», fenhuazi 分化字 (que nous désignons par « fils »)

[2] Ce procédé consistant à représenter des mots qui n’étaient pas écrits en se servant d’anciens caractères de même prononciation, est sans doute à rapprocher de l’habitude qu’avaient les anciens Chinois, surtout à l’époque des Han, à utiliser indifféremment l’un pour l’autre, dans leurs écrits, plusieurs caractères homonymes. C’était devenu presque un jeu, et cette tendance traduisait certainement le fait que les caractères primitifs commençaient alors à être utilisés de plus en plus comme de purs signes phonétiques pour désigner des mots différents (on appelait ces caractères utilisés l’un à la place de l’autre et réciproquement pour désigner le sens de l’un ou de l’autre, des caractères en « relation d’emprunt » tongjia zi 通假字. Par exemple dans les livres classiques, les deux caractères /qiang/  « fort » et /jiang/ « frontière » (alors sans l’élément terre /tu/ que l’on peut voir sur la gauche) étaient souvent interchangeables. [ signifiait à l’origine la délimitation des champs à l’aide des distances parcourues par une flèche comme le dessin le montre bien avec, à gauche, la figuration d’un arc , et à droite deux champs, tian , délimités par un trait horizontal]. Ainsi dans le Mengzi (孟子), est utilisé 1 fois et 11 fois et dans le Xunzi (荀子), apparaît 56 fois et 34 fois. On retrouve cet amalgame dans les « Mémoires historiques », shiji史记. C’est pour pallier à cette confusion que l’élément « terre »  a été par la suite introduit dans le caractère  . La forme sans la « terre » est devenue obsolète et les deux caractères et se sont spécialisés dans les significations qu’ils ont aujourd’hui.

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Première édition 25 mars 2004
Modifiée le 30 septembre 2015