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Chroniques  lechinois.com

Les six modes de formation des caractères chinois
par Patrick Mansier

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C’est ainsi que le caractère (simplifié ), dans son sens primitif de « blé », a été modifié en (simplifié et prononcé mai), où l’on reconnaît un « idéophonogramme », avec, en bas du caractère, la clé sui[1], tandis que le pictogramme d’origine s’est retrouvé confiné au rôle de « phonogramme »[2].

[Notons que dans ce dernier cas, les lexicographes chinois, n’ont pas voulu iclasser ce caractère nouveau comme un idéophonogramme (composé de ses deux parties), et on préféré le traiter comme une « clé » à part entière (clé n° 199), qui a servi à former plusieurs termes techniques en rapport avec le « blé » comme : , mian « pâte », fu « son », qu « ferment » etc.]

On pourrait représenter cet enchaînement par le schéma suivant :

« blé » /lai/-----emprunt--------à « venir »/lai/

 !

 !(spécialisation sémantique)

 !

 !

« blé » /mai/  (traitement particulier)




[Sur l’axe horizontal, celui du sens, on a représenté l’opération d’emprunt par laquelle le caractère aurait revêtu le sens d’un autre mot de même prononciation. Sur l’axe vertical, celui de la forme, on a figuré la transformation graphique subie par le pictogramme primitif pour le « renvoyer » à sa signification première et le distinguer de son usage en tant qu’emprunt]

Voyons maintenant d’autres exemples que nous schématiserons de la même manière :

1- l’un des plus cités pour illustrer cette catégorie est celui du caractère bei « nord ». Dans son sens primitif, ce caractère qui était un pictogramme, désignait deux hommes se tournant le dos. Il fut ensuite « emprunté », selon l’interprétation traditionnelle, pour noter le mot de même prononciation signifiant le « Nord », sens qu’il a gardé depuis. Le caractère a ensuite été renvoyé à son sens primitif par l’ajout de la clé de la «chair» ou « viande » rou (dans sa varianteressemblant à la lune yue, quand ce caractère est employé comme clef)[3], et s’est transformé en l’idéophonogramme typique bei , où bei se comporte comme un « phonétique », sans avoir été, pour autant, retenu comme candidat à devenir un « phonogramme » générique (Il n’y a pas d’autres exemples, curieusement, où bei est utilisé pour sa valeur phonétique)[4]

bei « se tourner le dos »-----emprunt--------à « nord » bei

 !

 !

 !

 !

bei « dos, porter sur le dos » (ajout de la clef de la « chair ») 

 2- huang « jaune ». Dans son sens primitif, ce pictogramme représentait un homme portant un anneau de jade et désignait donc cet anneau hémicirculaire. Il fut avec le temps emprunté pour désigner la couleur jaune.  Le sens primitif de « tablette de jade en forme de demi-anneau » a été distingué en ajoutant la clef du jade à sa gauche : (le pictogrammeest, de son côté, devenu le « phonogramme » /huang/, très courant : ,,,,,,,,etc.)

huang « anneau de jade »--emprunt--à « jaune » huang

!

!

!

!

           huang « anneau de jade  » (ajout de la clef du « jade ») 

3- zi « soi-même », était un pictogramme qui désignait à l’origine le « nez ». Emprunté pour noter le sens qu’il a actuellement de « soi-même », on lui a ajouté le « phonétique » /bi/ [5] pour donner la forme actuelle  bi « nez ». Certains expliquent cet emprunt en constatant qu’il est fréquent de montrer son nez pour se désigner soi-même [Notons que, en l’espèce, la prononciation des deux caractères zi et bi peut difficilement se ramener à une seule. L’idée que le caractère d’origine a été emprunté pour noter un autre mot de prononciation proche, est ici difficilement soutenable]

zi « nez »-----emprunt--------à « soi-même» zi

!

!

!

!

!

 bi « nez » (ajout du « phonétique »/bi/ dont le sens premier n’est pas clair)

4- zhi « s’arrêter », était aussi à l’origine un pictogramme représentant (et signifiant) un « pied ou plutôt des traces de pieds».  Il fut « emprunté » pour noter l’action de s’arrêter, sens qu’il a aujourd’hui. Pour le spécialiser dans son sens primitif, on lui ajouta la clef du « pied » zu pour devenir le nouveau caractère zhi qui signifie toujours (surtout en langue écrite) « pied, traces de pied, marcher » [Notons que là-aussi, il existe un certain lien entre « pied » et « s’arrêter »]. Le pictogramme d’origine est devenu un « phonogramme » courant, ici, comme dans de nombreux autres mots : ,,,, etc.

zhi « pied »-----emprunt--------à « s’arrêter » zhi

!

!

!

!

           zhi « pied  » (ajout de la clef du « pied ») 

5-  mu « coucher de soleil », était un pictogramme qui représentait un soleil dans les herbes. Il était souvent « emprunté » pour exprimer la négation « ne…pas ». C’est ce dernier sens qui a dominé et on a dû  « inventer » un nouveau caractère pour revenir au sens primitif en ajoutant la clef du soleil, ri . Le caractère s’est ainsi transformé en mu, avec toujours, aujourd’hui, le sens

de « coucher de soleil ». La graphie primitive associée désormais au sens de « ne…pas », se prononce /mo/, et se retrouve comme « phonogramme » (prononcé alors mu) dans de nombreux mots : ,,,,,, etc.

 mu « coucher de soleil »-----emprunt--------à « ne…pas» mo

!

!

!

!

         mu  « coucher de soleil  » (ajout de la clef du « soleil ») 

6- qi « son, sa.. .» Représentait et signifiait à l’origine un « panier ». Utilisé ensuite pour noter la particule grammaticale avec le sens qu’il a aujourd’hui, sa première signification a été fixée en ajoutant la clef de l’herbe employée pour tout ce qui a un rapport avec les végétaux (les paniers étaient alors tressés en rameaux


 

[1] C’est la clé numérotée 57 dans le xiandaihanyu cidian (= clé N°35 du dictionnaire Ricci, prononcée sui et qui se retrouve par exemple dans xia « été » (classé sous cette clé dans le Shuowen) ou dans tiao qui peut signifier un « brin », comme un épis de blé ?  

[2] lai est bien répertorié comme « partie phonétique » dans la liste du père Wieger. Nous retrouvons ce pictogramme ancien en tant que « phonogramme » dans de nombreux mots comme : lai « mauvaise herbe, jachère »,  lai « gratifier, récompenser », lai « regarder de côté », lai « nom de lieu dans le Hebei », lai «partie d’un nom de montagne », lai « cornouiller » etc.

[3] Les dictionnaires actuels de Chine populaire classent néanmoins ce caractère sous la clef de la « lune », et non de la « chair » ce qui aurait été en accord avec son étymologie.. Le « xiandai hanyu cidian » ignore même la clef de la « chair » (pourtant  la 130ème clef officielle, absence qui a pour conséquence absurde de devoir rechercher le caractère zi  « viande pourrie » sous la clef zhi  « arrêter »  qui n’a rien à voir !) et classe ce mot sous la clef de la lune. Le « gudaihanyu cidian », Pékin, 2002, dictionnaire de référence de la langue classique, comprend bien la clef de la « chair » mais le classe également sous la clef de la lune. Peut-être est-ce dû au fait que ce même dictionnaire, dans la rubrique « lune », considère que le caractère de la « lune » est aussi une variante graphique de    « la chair » ?

[4]  Notons qu’il existe, ici, un rapport étroit entre le sens primitif du caractère « dos » et le sens « emprunté » « nord ». En effet, il est bien connu (!) que les anciens Chinois considéraient le Nord comme une source tellurique négative (voir la théorie du fengshui 风水ou « géomancie »). Par conséquent, il convenait de toujours tourner le dos au nord et faire face au sud. D’ailleurs l’expression « faire face au sud », nanmian 南面, signifiait « gouverner » et explique pourquoi les palais impériaux (et toutes les maisons chinoises qui se respectent) ouvraient toujours vers le sud.

[5] « phonogramme » qu’on retrouve dans des mots comme bi, bi, ou pi,  mais qui ne figure cependant pas dans la liste des phonétiques du Père L. Wieger !

 

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Première édition 25 mars 2004
Modifiée le 30 septembre 2015