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Chroniques  lechinois.com

Les six modes de formation des caractères chinois
par Patrick Mansier

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rameaux de bambou ou de saule), et le caractère est devenu qi avec toujours ce sens de « panier » qu’il a conservé jusqu’à nos jours. Le pictogramme d’origineqi est, là aussi, devenu un « phonogramme » très courant comme dans: ,,,,, etc.

qi «panier» -----emprunt--------à « son, sa » qi!

!

!

!

         qi « panier » (ajout de la clef de «l’herbe») 

b- Problème posé par l’interprétation traditionnelle

           La définition traditionnelle de cette catégorie, et comme le montrent bien les exemples qui l’illustrent, pose exactement le même problème que celui rencontré pour la catégorie précédente (voir paragraphe précédent).

En effet, les caractères classés sous cette catégorie sont ceux qui n’ont justement pas subis de transformation graphique par rapport au pictogramme primitif (puisqu’il s’agit simplement d’un nouvel usage sémantique de ce dernier). Par conséquent, cette catégorie traditionnelle ne concerne pas, strictement parlant, un « mode de formation de caractère ».




c- Nouvelles perspectives

Par contre, le processus de « spécialisation sémantique » que l’étude de cette « catégorie » a permis de mettre en lumière est, à l’évidence, un facteur important de la genèse des idéophonogrammes. Nous voyons, en particulier, que le souci de supprimer la polysémie, acquise du fait des emprunts ou déjà inhérente au pictogramme primitif (nous ne trancherons pas sur ce point), a entraîné une véritable « révolution graphique » où l’ancien système des pictogrammes a été remplacé par le modèle plus productif des idéophonogrammes. Le scénario que nous résumons dans le tableau suivant illustre bien cette substitution d’un pictogramme par un idéophonogramme :

Du pictogramme à l’idéophonogramme

Phases

Description

Phase 1 : Polysémie primitive

Le caractère primitif, généralement un pictogramme, possède plusieurs significations de sens souvent reliés.
 

Phase 2 : Mitose graphique 

Pour supprimer la polysémie primitive, le pictogramme se dédouble, en accouchant d’un idéophonogramme qui le remplace dans son sens premier (souvent concret), tandis qu’il assume, dans sa forme inchangée, un de ses sens dérivés, généralement plus abstrait.
 

Phase 3 : Formation d’idéophonogrammes 

: L’ idéophonogramme est formé par l’ajout d’une « clé » qui précise le sens premier du pictogramme d’origine tandis que ce dernier en devient la partie phonétique.
 

         Le scénario que nous proposons a l’avantage d’expliquer le phénomène des « phonogrammes » porteurs de sens (puisqu’ils sont d’anciens pictogrammes) que nous avons étudiés dans la partie consacrée à la catégorie (la 4ème des Liushu) des « idéophonogrammes ».

           Nous comprenons dès lors l’intérêt que suscite actuellement cette classe particulière de « phonogrammes » qui conservent toujours la capacité d’informer également sur la signification globale du caractère. Ce phénomène constituerait même, pour certains auteurs, le fondement de la genèse des caractères chinois. Selon cette théorie, l’écriture chinoise serait plus phonétique (biaosheng   « exprimer le son ») qu’ idéographique (biaoyi 表意 « exprimer le sens »). Certains, parmi les plus visionnaires d’entre eux, vont même jusqu’à prétendre que l’écriture chinoise est essentiellement « onomatopéique ». Les caractères auraient été formés sur le modèle des sons de la nature !

Sans aller jusqu’à cette extrémité, rappelons avec quelle habilité les Chinois sont passés maîtres dans l’art de forger des mots d’emprunts aux langues étrangères qui rappellent à la fois la prononciation d’origine mais avec une recherche sémantique tout à fait originale qui renvoit, souvent avec enrichissement, au sens du mot emprunté. En voici les plus fameux :

可 口 可 乐 kekoukele = Coca-Cola mais qui signifie textuellement "agréable et délicieux à boire"

家 乐 福  jialefu = Carrefour et qui signifie "la maison du bonheur"

黑 客  heike de l’anglais hacker , textuellement « Invité noir » pour désigner un pirate informatique.

Sans parler de certains noms de pays évoquant l’idée que s’en font les Chinois :

法 国  faguo  « le pays » /guo/ de la «Loi » /fa/ = « La France »

德 国  deguo, le « pays » de la « vertu » /de/ = « L’Allemagne » (de la première syllabe de Deutschland)

美 国  meiguo, le « pays » de la « beauté » /mei/ = « Les Etats-Unis » (de la deuxième syllabe de  «  America »

  C’est sans doute dans la valeur iconique du caractère chinois qui permet ce genre de jeu « idéophonographique », que l’écriture chinoise se distingue de toutes les autres et peut, à certains égards, révéler une supériorité dans sa capacité à représenter le monde extérieur (essayez de faire la même chose en français comme nous nous y sommes efforcés dans notre signature finale pour symboliser la ville de Pékin par sa fameuse place de la « Paix » céleste et par le fait qu’elle ne peut être qu’unique « qu’un »!)

Conclusion :

         Malgré certaines imprécisions, la classification en six catégories, immortalisée par Xu Shen, permet de rendre compte de la quasi-totalité des caractères, et montre bien les principes qui ont guidé les anciens scribes chinois pour former les caractères. Sa quasi perfection explique sans doute que les lettrés chinois n’ont jamais, pendant près de 1900 ans, ressenti le besoin d’approfondir la question[1].

Il a en effet fallu attendre la fin de la dynastie des Qing (1644-1910) et le début du XXè siècle pour que des savants chinois s’y intéressent de nouveau. Ce fut en premier lieu le savant Tang Lan 唐兰, dans les années trente, qui, dans son ouvrage guwenzi xuedaolun 古文字学导论, a largement simplifié le système de Xushen en ne retenant que les trois catégories suivantes: les pictogrammes, xiangxing 象形 ; les idéogrammes qu’il appelle xiangyi 象意 ; et les idéophonogrammes, xingsheng 形声.[2]

Plus tard, dans les années cinquante, Chen Meng jia 陈梦家 dans son yinxu buci zongshu  殷虚卜辞综述  « synthèse des signes divinatoires des ruines de yinxu (où l’on a retrouvé les Jiaguwen)» a proposé une autre classification basée sur les trois catégories suivantes : pictogrammes xiangxing ; emprunts jiajie ; et idéophonogrammes xingsheng. Enfin, ces toutes dernières années, Qiu Yanggui dans son wenzi gaiyao 文字概要, a défendu la classification en « caractères exprimant le sens » biaoyi 表意 ; emprunts jiajie ; et idéophonogrammes.

Nous voyons qu’au travers de ces nouvelles classifications, si tout le monde continue à s’accorder sur la catégorie des idéophonogrammes qui reste incontournable, une grande importance est donnée à la dernière catégorie de Xu Shen, celle des emprunts jiajie , alors qu’elle était peu traitée jusqu’alors. Or, son principe de « mitose graphique » que nous avons mis en relief, se révèle être un mécanisme très efficace de formation de nouveaux caractères. Pour les mêmes raisons, nous ajouterions volontiers la 5ème catégorie, celle des caractères de transferts, sous laquelle nous pourrions classer beaucoup plus de caractères que ne le fait la tradition lexicographique chinoise.

XXX

Patrick Mansier, en prenant par le poil, en prenant par le nez (expression tibétaine marquant l’à peu près), Paixqu’un (Pékin), mars 2003.

 

[1] Sans doute du fait que la grande majorité des caractères appartiennent à la 4ème catégorie, celle des idéophonogrammes, le reste étant ainsi relativement négligeable (sur les 9 353 caractères du Shuowen de Xu Shen, la catégorie des pictogrammes ne représentaient qu’à peine 4% de l’ensemble du corpus, la deuxième catégorie des idéogrammes ne comptait que pour 1%, et la troisième, celle des « associatifs », pesait un petit 13%. Enfin, les deux dernières catégories confondues, celle des caractères à sens dérivé et celles des caractères d’emprunt ne valaient, à elles deux, que 2%). Il n’était donc pas utile, à leurs yeux,  de s’attarder sur ce sujet considéré comme une affaire entendue.

[2] Cette classification ressemble étrangement à celle proposée près d’un siècle plus tard, par la sinologue française Viviane Alleton dans son  Que sais-je ?  (N°1374 « L'écriture chinoise », Paris : Presses universitaires de France, 1990.- 127 p), et où elle classe les caractères en « formes simples » (correspondant à la 1ère et 2ème catégorie de Xu Shen), les « formes complexes sans élément phonique » (soit équivalent à la 3ème catégorie), et les « formes complexes avec élément phonétique » (soit les idéophongrammes).

 

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Première édition 25 mars 2004
Modifiée le 30 septembre 2015