Été 2008
28e SAISON

Les randonnées
Roméo-Mailloux

Le club Nordcycle en Commission parlementaire

Le mercredi 2 février 2000, Mme Gilberte Mailloux, présidente du Club Nordcycle et M. Jean Bourdeau, vice-président ont participé au processus de consultation de la Commission permanente des transports et de l'environnement. Le mandat de cette commission était de tenir des auditions publiques dans le cadre d'une consultation générale sur le livre vert intitulé La sécurité routière au Québec: un défi collectif. M. Guy Chevrette était alors Ministre des Transports.

Voici un le texte de leur témoignage extrait du Journal des débats.
 

Club cycliste Nordcycle inc.

Mme Mailloux (Gilberte): Mon nom est Gilberte Mailloux, je suis présidente du Club cycliste Nordcycle inc., club sans but lucratif. Ce sera notre vingtième année, à l'été 2000, que notre club organise des randonnées, les randonnées Roméo-Mailloux, nommées ainsi à la mémoire de son président fondateur.

Est-ce que je lis mon document?

Le Président (M. Lachance): Madame, vous avez toute la liberté du 10 minutes qui vous est alloué, et je vous rappellerais de nous indiquer le nom de la personne qui vous accompagne, s'il vous plaît.

Mme Mailloux (Gilberte): J'ai une personne, le vice-président, Jean Bourdeau.

Le Président (M. Lachance): Merci. Alors, écoutez, c'est ça, vous avez un temps maximum de 10 minutes, et c'est à vous d'en disposer comme bon vous semble.

Mme Mailloux (Gilberte): O.K., merci. Bonjour, mesdames, bonjour, messieurs. Le cyclisme est un sport grandissant au Québec. Il y a quelques années, à peu près seuls les enfants utilisaient ce mode de déplacement, qui était vite relégué aux oubliettes dès leur arrivée à l'âge adulte.

(14 h 10)

La qualité des bicyclettes, l'aménagement de pistes cyclables, la création de clubs de cyclistes, les longues randonnées organisées, les courses à bicyclette, le fait que de plus en plus de personnes utilisent ce moyen de transport pour se rendre à leur travail ont fait en sorte que le cyclisme est devenu un sport très en vogue parmi les personnes de tous âges et de toutes conditions sociales.

Ce succès n'est pas venu sans efforts de plusieurs groupements et personnes qui ont inlassablement travaillé à la promotion de ce sport. Le Club que je représente ici comptait 518 membres en 1999. Depuis sa fondation en 1981, nous avons toujours encouragé le port du casque protecteur et la moyenne de membres qui l'ont adopté est passée de 31,7 % en 1996 à 92,1 % en 1999, et cela, sans contrainte et sans législation. La sécurité a toujours été une priorité pour notre organisation. En fait, l'été prochain, nous avons l'intention de promouvoir l'installation de systèmes d'éclairage sur les vélos de façon à ce que le cycliste se fasse plus visible à la tombée du jour.

Les bureaux de la statistique, aussi bien celui du gouvernement fédéral que celui du Québec, n'ont aucune statistique valable sur le nombre de victimes d'accidents dont les blessures sont reliées au fait qu'ils ne portaient pas de casque protecteur. Ceci nous laisse à penser que le nombre de victimes ayant subi des blessures à la tête suite à des accidents reliés aux cyclistes alors que la victime ne portait pas de casque protecteur est peu significatif et ne justifie pas, à notre avis, une législation qui, nous le croyons, réduirait considérablement le nombre d'adeptes de ce sport qui aide les Québécois à maintenir une bonne santé physique.

Habituellement, les nouveaux membres de notre Club optent pour le casque protecteur peu de temps après leur entrée. Nous croyons qu'une bonne publicité, l'encouragement, l'exemple donné sont des facteurs beaucoup plus importants pour changer le comportement des cyclistes que la coercition par voie de législation. Gilberte Mailloux, présidente du Club cycliste Nordcycle.

Qu'est-ce qu'on pourrait dire...

M. Bourdeau (Jean): J'aimerais rajouter qu'on fait aussi de l'encadrement pour les randonnées cyclistes des fondations, et le pourcentage de 90 % est peut-être une image assez réelle de ce qui se passe dans les randonnées encadrées: on parle de Louis-Garneau, 2 500 personnes; on parle de Randonnée Tanguay, 5 000 personnes. Le pourcentage de 90 % pour les randonnées encadrées par des encadreurs et la police reflète quand même un chiffre assez raisonnable. C'était juste, là, pour rajouter un peu.

Le Président (M. Lachance): Merci, M. Bourdeau et Mme Mailloux. M. le ministre des Transports.

M. Chevrette: Merci, madame, merci, monsieur, de nous avoir présenté votre point de vue, sauf que je constate que c'est un point de vue qui dit qu'il n'y a pas de bonnes statistiques puis qu'il ne faut pas légiférer.

Pour être plus constructifs, pourriez-vous nous dire qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer pour l'ensemble de la population québécoise, pour en arriver peut-être à des statistiques comme les vôtres, comme vous avez dans votre Club? Qu'est-ce qu'il faudrait faire?

Mme Mailloux (Gilberte): Bien, nous, ce n'est pas «at large», c'est un Club. Nous, on fait 15 randonnées à tous les étés. Ça va être notre vingtième année. À chaque randonnée, on compte le monde qui sont à notre randonnée, puis c'est plus facile compter ceux qui n'ont pas de casque parce qu'ils ne sont pas nombreux. Puis on fait beaucoup d'éducation. À chaque randonnée, on fait tirer un casque de vélo. Puis on parle toujours à ceux qui n'ont pas de casque, puis on leur met ça dans la mémoire parce qu'on en parle souvent, à toutes les randonnées. Je trouve que c'est l'éducation, de sensibiliser le monde sans les obliger, puis ils viennent qu'ils s'obligent par eux autres mêmes à en porter un, casque.

M. Chevrette: Je pense que les statistiques en général ne sont vraiment pas bonnes, parce que ça fait trois groupes qu'on rencontre, je pense, qui sont contre le port du casque. À les écouter, ils ont tous 80 % et plus. Je ne sais pas comment ça se fait qu'on se ramasse avec 26 % en moyenne nationale.

Mme Mailloux (Gilberte): On les compte un par un.

M. Bourdeau (Jean): Mais, nous autres, on les compte un par un.

M. Chevrette: Pardon?

M. Bourdeau (Jean): On les compte un par un, c'est facile. Ha, ha, ha!

M. Chevrette: Oui, c'est vrai qu'à 128...

M. Bourdeau (Jean): À 500 ou à 700.

Mme Mailloux (Gilberte): On est dans les 500.

M. Chevrette: ...à 528 membres, c'est plus facile à compter, là.

M. Bourdeau (Jean): C'est ça. Mais, pour ajouter un peu, moi, j'irais plutôt aux causes. Par exemple, j'ai ici un résumé du Code de la sécurité routière. O.K. J'ai pris la police de Québec. Les feux rouges. Quand est-ce que j'ai vu, moi, un policier arrêter quelqu'un? Un feu rouge, d'après tel règlement, c'est...

M. Chevrette: Vous parlez d'un cycliste, là?

M. Bourdeau (Jean): Oui, oui, un cycliste. Donc, ça, c'est une cause. Au niveau du respect du Code, bien les feux rouges, combien de fois on est en auto, nous autres...

M. Chevrette: J'en ai même vu valser devant un policier, moi, sur René-Lévesque.

M. Bourdeau (Jean): C'est bien ça.

M. Chevrette: Il était parti de la troisième rangée pour couper les trois puis il valsait devant, et c'est vrai qu'il n'a pas eu de ticket.

Mme Mailloux (Gilberte): Il y a une éducation à faire.

M. Bourdeau (Jean): Et, au niveau du Code... Comme, par exemple, il y a un autre règlement ici, on nous dit – ça, je le trouve un peu drôle... Je vais donner un exemple. Si j'ai une piste cyclable puis, moi, je suis sur la route, je peux m'arrêter, j'ai une amende de 15 $ parce que, si j'ai une piste cyclable à côté, je suis obligé de prendre la piste cyclable. J'appelle ça de l'ingérence pas à peu près. Il me semble, je m'en vais, moi, à vélo, je suis content...

M. Chevrette: Sur la route.

M. Bourdeau (Jean): Sur la route.

M. Chevrette: La 132, par exemple...

M. Bourdeau (Jean): La 132.

M. Chevrette: ...ou 138, la 2.

M. Bourdeau (Jean): Oui, mais là c'est beau, la 132, à cause du ministère des Transports, ils ont mis un accotement. On peut faire facilement Neuville–Trois-Rivières, une très belle balade, très sécuritaire parce qu'on a un accotement d'environ un vélo et demi, et ça, je pense que c'est nouveau. Les routes du Québec devraient toutes avoir des accotements comme ça, puis on serait gras dur. Vrai ou pas vrai? Ça serait une très belle initiative.

M. Chevrette: Mais là où il n'y a pas d'accotement, êtes-vous d'accord que les vélos puissent circuler allégrement sur les routes?

Mme Mailloux (Gilberte): Bien, c'est difficile.

M. Bourdeau (Jean): Moi, je suis plus un gars qui va sur la route que les pistes cyclables. C'est drôle, hein? Je trouve ça moins dangereux sur la route, entre parenthèses, que sur les pistes cyclables.

M. Chevrette: Qu'est-ce qui se passe sur vos pistes cyclables?

M. Bourdeau (Jean): Il y a beaucoup de monde. C'est populaire. Les cheminots, 4 000, 5 000 personnes de pointe. La ville de Québec sûrement tout à l'heure va vous le dire, ils ont des pointes de 5 000 personnes. Alors, si vous acceptez sur une piste cyclable chaises roulantes, piétons, patins à roulettes...

Mme Mailloux (Gilberte): Carrosses.

M. Bourdeau (Jean): ...vélos, carrosses, ça prend une certaine éducation pour dire: Je prends ma place, puis l'autre prend sa place, puis tout le monde prend sa place.

M. Chevrette: Mais prenez la ceinture de sécurité. On a fait de la sensibilisation, vous rappelez-vous, On s'attache au Québec , et tout le kit, puis ça a plafonné aux alentours de 35 %. Puis, à un moment donné, il y a eu du coercitif. Là, ça a monté à 80 %, 90 %, 95 %, 97 %, puis aujourd'hui c'est devenu une habitude de sécurité. Il y a un réflexe même pour la sécurité; on s'attache automatiquement.

Mme Mailloux (Gilberte): Mais ce n'est pas venu du jour au lendemain, ça.

M. Chevrette: Je n'ai pas dit ça, non plus.

Mme Mailloux (Gilberte): Il y a eu une éducation. Il faut préparer le monde avant de les actionner.

M. Chevrette: Il y a eu des annonces, mais je vous ai dit... Je reprends ce que j'ai dit. Ça a plafonné à 35 % après toutes les campagnes de sensibilisation. Ça, c'est à travers le monde; c'est une règle qui est généralisée, ça. À travers le monde, les campagnes de sensibilisation, d'information, d'éducation plafonnent entre 30 % et 40 %. Après ça, il faut que ce soit doublé d'un coercitif si on veut que ça progresse.

On est à 26 %, me dit-on, la règle actuelle du port du casque. Il y en a un qui est venu plaider le confort du non-port du casque ce matin, mais, quand on est dans un régime où la société paie y compris tes salaires, tes pertes de salaires, tes pertes d'autonomie, tes pertes de jouissance de la vie, puis c'est toute la société qui paie ça, est-ce qu'il n'y a pas une opposition entre la liberté individuelle puis le droit collectif de se donner quelque chose dans un régime?

M. Bourdeau (Jean): Je vais vous répondre par une autre question.

M. Chevrette: Bien, vous avez le droit, mais...

M. Bourdeau (Jean): Jusqu'où va l'ingérence du gouvernement? À un moment donné, il y a un risque inhérent à toute chose.

M. Chevrette: Oui, mais vous me répondez: Quel est le rôle de l'ingérence? Mais jusqu'où la liberté individuelle peut aller aussi quand c'est le collectif qui paie? Les coûts sociaux... Un jeune de 18 ans ou de 16 ans se fait frapper, 18 ans. Il gagnait, je ne sais pas, 35 000 $ par année. Il est invalide le reste de ses jours, il est paraplégique. Qui va payer? C'est le régime que tout le monde paie.

M. Bourdeau (Jean): Oui, en auto aussi.

M. Chevrette: Est-ce que tout ce monde-là ne peut pas fixer les règles du jeu pour encadrer la liberté individuelle? Parce que c'est le collectif qui paie pour vous.

M. Bourdeau (Jean): Au niveau de l'automobile, c'est la même chose, à ce que je présume?

M. Chevrette: Oui, c'est pour ça que je dis ça.

M. Bourdeau (Jean): Si c'est la même chose au niveau de l'automobile...

Mme Mailloux (Gilberte): Mais, à ce compte-là, tu peux te blesser en sortant de chez vous.

M. Chevrette: Pardon?

Mme Mailloux (Gilberte): Tu peux te blesser en sortant de chez vous.

M. Chevrette: Ah! bien sûr. Bien sûr, mais en sortant de chez vous...

Mme Mailloux (Gilberte): Tu n'es pas exempt de ça.

M. Chevrette: ...vous allez avoir une assurance personnelle contre les recours civils. Je veux dire, quelqu'un va rentrer chez vous, va s'enfarger dans votre marche d'escalier, vous avez une assurance responsabilité civile. Mais, dans le domaine des accidents de la route impliquant tout véhicule, c'est la pitance de chacun qui fait qu'on paie pour un individu. Est-ce qu'on ne peut pas un petit peu encadrer la liberté de l'individu? Parce que, si tout le monde faisait ça, ça serait l'anarchie. Si tout le monde faisait ce qu'il veut bien faire, faudrait arrêter puis revenir à ce qui existait antérieurement: Prenez-vous une assurance personnelle. Et vous savez qu'est-ce que ça fait, ça? Ça revirerait quasiment tout en procès.

Mme Mailloux (Gilberte): Ça ferait travailler du monde.

M. Chevrette: Puis vous payez 25 %, 30 % d'honoraires professionnels à des avocats. Ça prenait deux, trois ans pour te faire payer, puis tu étais obligé d'être sur l'aide conditionnelle de la sécurité du revenu ou de l'aide sociale. Vous ne croyez pas qu'il y a un encadrement nécessaire du collectif par la population, par l'État?

M. Bourdeau (Jean): Moi, au niveau de la réglementation, là, je ne suis pas trop fort sur ça.

M. Chevrette: Vous n'êtes pas fort là-dessus.

M. Bourdeau (Jean): Moi, non, parce que, à un moment donné, c'est règlements par-dessus règlements.

(14 h 20)

M. Chevrette: Mais, si vous aviez un accident, monsieur...

M. Bourdeau (Jean): Ça ne finit pas. Le casque, pour moi, là, est partie inhérente de mon équipement. Moi, je le mets toujours. Je ne me pose pas la question. O.K.? Je ne me pose pas la question. Je mets mon casque. Je m'en vais en vélo, je m'en vais sur toutes les routes, dangereuses, pas dangereuses, pleines de trous, pas de trou, et je n'ai pas de problème avec ça.

C'est comme quelqu'un, il y a deux, trois ans – je vais vous donner un exemple, là – il a eu un accident, il a freiné trop brusque, il a passé par-dessus son vélo, il avait un casque. La personne est paraplégique, je pense que ça a été en cour en plus, etc., dans une randonnée Louis-Garneau. Donc, c'est soit une distraction, c'était dans le 30 km/h, 35 km/h; la personne a freiné trop brusque, a passé par-dessus, a tombé – colonne cervicale – et a des problèmes.

M. Chevrette: Rupture...

M. Bourdeau (Jean): Là, c'est une négligence. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise?

Mme Mailloux (Gilberte): Oui, mais dans des grands rendez-vous de même...

M. Bourdeau (Jean): Ça fait partie du risque...

M. Chevrette: Oui, mais une dernière petite question.

M. Bourdeau (Jean): ...et puis ce n'est pas une course.

M. Chevrette: Prenez votre personne, l'exemple que vous venez de donner.

M. Bourdeau (Jean): Puis elle avait un casque, tout simplement.

M. Chevrette: Non, non, mais, casque ou pas casque, là...

M. Bourdeau (Jean): Oui.

M. Chevrette: ...prenez la personne à qui l'accident est arrivé.

M. Bourdeau (Jean): C'est ça.

M. Chevrette: S'il n'avait pas eu de casque, par exemple, encore là, les gens auraient pu dire, véritablement – puis ce n'est peut-être pas vrai non plus, là, mais les gens auraient pu le dire: S'il avait eu un casque, il n'aurait pas eu ce qu'il a eu.

M. Bourdeau (Jean): C'est ça.

M. Chevrette: Sauf que cette personne-là, si elle a 18 ans ou 20 ans, je ne sais pas, c'est qui qui paie pour elle jusqu'à la fin? Elle a la liberté ou pas de porter son casque.

M. Bourdeau (Jean): Bien d'accord.

M. Chevrette: Est-ce qu'on pourrait avoir la liberté de payer ou pas pour son indemnité? Voyez-vous le pendant de quelque chose? Je veux vous faire réfléchir sur le pendant d'un geste. Tu peux être libre de faire ça, mais est-ce que tu peux forcer le monde à payer pour toi qui veux avoir une liberté ou si tu vas exercer une certaine forme de responsabilité personnelle vis-à-vis d'un groupe qui, lui, est responsable vis-à-vis de vous? C'est juste ça que je veux dire. Vous comprenez ce que je veux dire?

M. Bourdeau (Jean): Oui, oui, je le comprends.

M. Chevrette: On ne peut pas avoir le meilleur de tous les mondes sous prétexte qu'on a une liberté individuelle, sinon les autres n'auront pas à payer pour vous.

M. Bourdeau (Jean): Il faut l'avoir de temps en temps.

M. Chevrette: On pourrait regarder ça sous un angle. Ça pourrait être un deal qu'on propose à ceux qui se conforment aux normes de sécurité, ça: ne pas payer pour ceux qui ne veulent pas.

Le Président (M. Lachance): Merci, M. le ministre. M. le député de l'Acadie et porte-parole de l'opposition officielle, vous avez la parole.

M. Bordeleau: Merci, M. le ministre. Ah! M. le ministre... M. le Président.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Bordeleau: Écoutez, je pense que le message que vous nous envoyez, au fond, est semblable à celui qu'on a eu ce matin d'un autre club de vélo, qui s'appelle l'agence de voyages Explo Tour, qui avait sensiblement les mêmes statistiques et le même message, c'est-à-dire que vous proposez des mesures qui sont des mesures incitatives et vous arrivez avec les résultats que vous nous avez donnés: 90 % des gens qui font du vélo dans nos activités portent le casque. C'était la même chose ce matin. Les nombres étaient plus grands, je pense qu'on parlait de 3 000, et c'est à peu près les mêmes proportions: 80 %, 90 %.

Ce que ça nous dénote, au fond, c'est que, dans certaines conditions, la promotion apporte des résultats qui sont différents de ce qu'on peut observer de façon générale. Et, encore une fois, les statistiques qu'on a mentionnées puis auxquelles le ministre fait référence sont des statistiques générales qui s'appliquent à l'ensemble de la province. On parle du 26 %, 27 %, et c'est comme si on devait prendre pour acquis, là... Parce que c'est ça, le message qu'on nous donne, c'est que 26 %, 27 %, ce n'est pas possible d'aller plus haut que ça, alors que ça ne me paraît pas évident que ce n'est pas possible d'aller plus haut que ça si on adopte d'autres genres d'approches à cette problématique-là avant de penser à celle de la législation. Si je comprends bien, c'est le message un peu que vous nous envoyez aussi.

Puis la preuve de tout ça, c'est que, dans les données qu'on a dans le livre vert, on a des différences régionales importantes. Pourtant, on est dans la même province. Les gens ont été soumis aux mêmes campagnes de publicité. Dans certaines régions, on a des pourcentages de 15 % puis, dans d'autres régions, de 40 %, 48 % dans l'Outaouais, où les gens portent le casque. Donc, ce n'est pas vrai de dire qu'avec une approche de promotion – parce que c'est ce qu'on a fait à venir à date, plus ou moins bien, on peut en discuter – ça plafonne à 26 %. Il y a des régions où c'est 48 %. Il y a des groupes qui participent à des activités et qui arrivent à des proportions de port du casque de 80 %, 90 %.

Mme Mailloux (Gilberte): Mais ce n'est pas dans le même contexte. Nous autres, c'est un groupement. On est accompagné par la police, puis on incite tout le temps le monde à porter le casque, puis tout ça. Ce n'est pas comme le monde qui se promène dans la rue. Moi, là, dans notre Club, ceux qui me disent qu'ils ne porteront jamais le casque, ils ont dit: On va arrêter d'en faire si ça devient obligatoire. Tu dis au monde: Amusez-vous, allez jouer dehors, mais tu leur mets des restrictions.

M. Bordeleau: Est-ce que vous avez eu l'occasion, dans les gens qui ne veulent pas porter le casque, de comprendre pourquoi ils ne veulent pas le porter? Tout à l'heure, monsieur faisait référence aux causes.

Mme Mailloux (Gilberte): Parce que c'est trop chaud.

M. Bordeleau: Mais les causes de ça, les causes du refus de porter un casque, c'est quoi?

Mme Mailloux (Gilberte): Il y en a qui disent que c'est trop chaud, d'autres qui disent: Ah! on se fait tout décoiffer, les madames en particulier. Ils ont des bonnes raisons. Ils ont tous leurs raisons, mais on va les avoir à l'usure. On monte tout le temps, là.

M. Bordeleau: Moi, je serais curieux... Ah! le ministre... Je vais attendre que le ministre revienne là-dessus. Il y a une question aussi de savoir à quel moment... vous y avez fait référence, là, jusqu'où on se rend dans l'intervention législative de l'État par rapport à des comportements individuels et quand on arrête.

Le ministre fait référence aux coûts sociaux. C'est vrai qu'il y a des coûts sociaux, mais, dans le domaine de la santé, ceux qui se nourrissent mal, on ne leur a pas fait des règlements pour leur dire comment se nourrir. On fait des campagnes de promotion, on essaie d'expliquer c'est quoi, les dangers. L'inaction pose des problèmes aussi aux individus, d'obésité, puis avec toutes les conséquences que ça peut avoir sur la santé. L'utilisation de boisson, évidemment, on le fait avec modération, même le gouvernement en vend. Il s'agit de savoir comment les gens sont utilisés. On n'a pas toujours des approches avec des contraintes législatives qui encadrent tout le monde.

Dans le cas du port du casque, je suis d'accord avec le ministre qu'il peut y avoir des événements déplorables, des décès qui peuvent être dus... puis là ça resterait à cerner encore d'une façon peut-être plus précise pour voir dans quel contexte exactement et combien sont... parce que vous avez illustré un cas, là: casque ou pas casque, la personne s'est cassé le cou.

Mme Mailloux (Gilberte): Mais c'est minime.

M. Bordeleau: Alors, ce n'est pas nécessairement dû au port du casque ou non. Il y a des cas comme ça qui sont véridiques. Mais le moyen qu'on peut prendre, qu'il nous reste à prendre, ce n'est pas nécessairement seulement le moyen législatif avec une obligation. Et la preuve, c'est que le groupe de ce matin, vous autres, et il y en aura probablement d'autres qui vont venir nous le dire: Écoutez, nous, on n'est pas pour l'obligation du port du casque. Ce n'est pas des gens qui ne le portent pas, c'est des gens qui le portent à 90 %. Mais ce qu'ils nous disent comme message, c'est que ce n'est pas vrai que c'est la seule façon de faire. On peut mettre en doute, en tout cas on peut au moins se questionner sur le fait que le 26 % qu'on a atteint, c'est infranchissable, qu'il n'y a plus d'autres moyens d'aller plus haut que ça.

Tout à l'heure, j'attendais que le ministre soit de retour, mais j'aimerais savoir si on peut nous déposer, à la commission, les investissements qui ont été faits au cours des dernières années pour des campagnes de publicité strictement axées sur le vélo et le port du casque. J'aimerais ça aussi qu'on nous donne l'argent qu'on a investi au cours des dernières années sur la campagne de l'alcool au volant. Alors, ça nous donnera peut-être des choses...

M. Chevrette: On pourrait remettre trois choses, là.

M. Bordeleau: Oui.

M. Chevrette: Les investissements pour l'autoroute verte, les pistes cyclables un peu partout à travers le Québec; l'argent pour la promotion du port du casque et la sécurité à vélo; puis l'argent pour les annonces publicitaires pour l'alcool au volant.

M. Bordeleau: Parfait. Alors, ça nous sera déposé en commission?

M. Chevrette: Oui.

M. Bordeleau: O.K. Essentiellement, c'est ça. Moi, je suis assez sensible à ce que vous nous dites comme approche. Bien qu'on fasse le même diagnostic, il y a des cas déplorables. On n'arrive pas nécessairement à la même conclusion sur les moyens à prendre même si on a le même objectif, c'est-à-dire de faire en sorte que le port du casque soit le plus répandu possible, excepté que c'est comment le faire et en fonction de quel contexte. Alors, moi, je n'ai pas d'autres commentaires.

(14 h 30)

Mme Mailloux (Gilberte): Ceux-là qui ne le portent pas, ils disent: Le gouvernement est à la veille de nous dire tout quoi faire, comment s'habiller, même la couleur de nos bobettes, là. Eux autres, là, ils ne le porteront jamais. Ils ne veulent rien savoir. Si c'est une loi, eux autres, ça ne marchera pas, leur affaire. Ils vont arrêter...

M. Chevrette: Ça peut être vrai – si M. le député de l'Acadie me permet – ce que vous dites, madame.

Mme Mailloux (Gilberte): Mais je l'entends.

M. Chevrette: Mais suivons la même logique. Quelqu'un qui dit ça, est-ce qu'il peut avoir la liberté, par exemple, de ne pas demander à une société de payer pour lui à perpète?

Mme Mailloux (Gilberte): Bien, quand il dit ça...

M. Chevrette: Il faut être logique. On ne peut pas vouloir une liberté totale, et vous le savez très bien vous-même, puis demander à d'autres citoyens de payer pour toi, par exemple. Là, tu mettras non seulement la couleur de bobettes mais l'accoutrement que tu voudras, mais ce n'est pas eux autres qui vont payer pour vous autres toute votre vie. C'est différent, ça.

Mme Mailloux (Gilberte): Quand ils ont ce raisonnement-là, ça va avec ce que vous dites. Quand tu raisonnes de même, ça veut dire que tu ne penses pas plus loin. C'est leur petit moi.

M. Chevrette: Je pense que la promotion... effectivement. Merci.

Le Président (M. Lachance): Alors, merci, madame, monsieur, pour votre présence à cette commission parlementaire.

Mme Mailloux (Gilberte): J'espère qu'il va y avoir une continuité.

Le Président (M. Lachance): On verra.

(Changement d'organisme)

Le Président (M. Lachance): J'invite les représentants de Équiterre et Vivre en ville à bien vouloir prendre place, s'il vous plaît.

Ce sont les mêmes règles qui s'appliquent que pour le groupe qui vous a précédés, alors 10 minutes de présentation et 20 minutes d'échanges. Alors, j'invite le porte-parole à bien vouloir s'identifier ainsi que les personnes qui l'accompagnent.

 

Dernière mise à jour le 03 May, 2008


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