Le qigong mouvement
religieux de masse.
Les 4 strates
archéologiques du qigong :
1. la
plus profonde et archaïque est un substrat animiste, ex. gymnastique du
qigong, danse des souffles,
2. une
forme implicite de messianisme et d’eschatologie millénariste : les
Grands Maîtres, le renouveau collectif,
3. le
scientisme moderne : une nouvelle civilisation (scientifique) qui
sauvera le monde,
4. Nationalisme
romantique : réaction à la forme occidentale de la science et de la
modernité (p.223).
Le qigong cherche à
réconcilier les visions opposées de la tradition et de la modernité qui
se sont affrontées en Chine au long du xxe siècle. Ces
perspectives ont en commun d’expliquer la « fièvre du qigong » comme
phénomène post-Révolution culturelle, visant à combler un vide corporel
émotif, imaginaire, social, culturel, moral ou spirituel laissé par la
fin du maoïsme (p.224).
En 1989,
ZHANG Honglin réfute l’existence du « qi
externe », une sorte de suggestion psychologique aux caractéristiques de
la culture nationale chinoise, et prône « un retour au qigong comme
entraînement au contrôle de soi » (p.255). Vers 1990, les
institutions de la médecine chinoise cessent définitivement d’être les
locomotives du qigong comme durant les années 1950 et au tournant des
années 1970-1980 (p.257).
Le 12 décembre 1990 est
énoncée la politique officielle (similaire à celle de 1982) :
Cinq principes pour le travail des sciences du corps humain :
1.
Ne pas
critiquer,
2.
Ne pas faire de promotion,
3.
Ne pas polémiquer,
4.
Organiser des recherches scientifiques solides,
5. Interdire
et bannir radicalement tout usage des noms de qigong et de « fonctions
exceptionnelles » dans les cas où ils ne font que masquer la
superstition féodale et l’escroquerie (p.261).
Cette politique aura pour
effet concret de museler les adversaires du qigong, alors que le monde
du qigong continuera à se développer en toute impunité (p.261).
En 1992-1995, les
écrivains du qigong deviennent eux-mêmes des maîtres de qigong (KE Yunlu,
JI Yi) (p.264). Le 23 mars 1994, mort du général ZHANG Zhenhuan, grand
protecteur du qigong. Le monde du qigong devient plus vulnérable
(p.265).
L’incident de Xian :
le 11 octobre 1994, la Fédération internationale de la science du qigong
est dissoute, sur ordre du Ministère des Affaires civiles. Le président
de cette Fédération est le ministre des sports WU Zhaozu (p.266). Puis
la répudiation officielle des « fonctions exceptionnelles » vient le 26
mai 1996 par la voix de ZHOU Guangzhao, président de l’Académie chinoise
des sciences (p.268). WU Shaozu intervient publiquement le 6 septembre
(1996) et le Conseil des Affaires d’État transmet une circulaire aux
médias réaffirmant la politique des « Cinq principes de travail des
sciences somatiques » promulguée en 1990 (p.294). Le monde du qigong
peut préparer sa contre-attaque.
Les 6 arguments des
partisans du Qigong
(p.277-281) :
1.
L’argument moderniste. Le qigong est une science d’avant-garde,
il est donc naturel que des scientifiques s’y opposent, tout comme on
s’est opposé à Copernic, à Galilée, à Darwin, à Einstein.
2.
L’argument nationaliste. Le qigong est un joyau de la
civilisation chinoise, riche d’une histoire de cinq mille ans. Attaquer
le qigong, c’est attaquer le précieux legs de nos ancêtres et
dévaloriser la culture chinoise.
3.
L’argument de la popularité. Si tant de personnes pratiquent le
qigong et onc des recherches dessus, il doit être véridique.
4.
L’argument ésotérique. Ce n’est pas tout le monde qui est capable
d’accepter ou devoir des « fonctions exceptionnelles ».
5. L’argument de la peur. Le qigong ouvre la porte à un pouvoir si
révolutionnaire qu’il effraie certains groupes puissants qui sont prêts
à tuer pour empêcher sa diffusion.
6. L’argument des imitateurs. S’il y a tant de charlatans, c’est
parce que les pouvoirs du qigong sont véritables, et que les gens sans
scrupule veulent en profiter.