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La création de la maison d'édition
Hexagone en 1953 a été un événement décisif dans l'évolution de
la poésie canadienne-française. Grâce à ce hasard historique, la
poésie a connu au Québec une prospérité sans précédent.
Dans les années 50 et 60, le thème le
plus important et le plus spectaculaire de la poésie du Québec, c'est
le pays. C'est ce qu'on appelle la "poésie du pays" ou la
poésie de la "prise de parole". Jaques Brault écrit en
1965: "Le Québec n'existe pas. Il n'est encore qu'une passion,
une maladie à guérir ou ‑ au mieux ‑ une promesse à
tenir... Il n'est que rêvé, désiré, voulu à toute force et toute
faiblesse ( … ). Le Québec ne se dit pas au présent, il n'est pas
encore au monde parce qu'il n'est pas à lui-même; et s'il existe
malgré tout, ce ne peut être que d'une existence séparée". La
'poésie du pays' se faisait l'écho de cette mentalité. À la
première période, c'est une affirmation et une revendication de
l'entité et de l'identité québécoise. Ce pays est vu comme un
paysage particulier, comme une langue, comme une mémoire.
Cette poésie fait l'état de
l'aliénation et de l'altération du Québec. Ce sont des chants des
aliénés.
On voit bien que par l'inspiration et
la revendication qui l'animent, la "poésie du pays" est une
poésie engagée.
Cette poésie se distingue par les
traits suivants:
(1) La 'poésie du pays' se faisait
l'écho des problèmes sociaux qui préoccupaient le peuple
québécois. Alain Bosquet dit: "Il en résulte que, pour la
première fois, depuis la poésie française de la Résistance, nous
sommes en face d'une poésie nationale de langue française";
(2) La "poésie du pays"
était souvent dominée par des soucis politiques et idéologiques.
Plusieurs poètes avaient la tendance socialiste. On voit bien par là
que la "poésie du pays" était loin d'être un pur mouvement
littéraire;
(3) La "poésie du pays"
était une littérature de la place publique. Dans les années 60 les
soirées et récitals de poèmes avaient lieu régulièrement. Certains
poèmes (Speak white de Michèle Lalonde par exemple) étaient
spécialement conçus pour être lus devant le public;
(4) La "poésie du pays" a
réalisé d'importantes rénovations dans les formes de la langue et
dans les expressions poétiques.
De toute évidence, il existe des liens
étroits entre la "poésie du pays" et la Révolution
Tranquille.
Les influences exercées par la
"poésie du pays" sont capitales pour l'avenir du Québec. On
peut dire que la nouvelle poésie et la nouvelle littérature en
général ont forgé une nouvelle mentalité, un nouvel esprit des
Québécois.
Parmi les figures de proue de la
"poésie du pays", il faut citer d'abord Gaston Miron qui
était non seulement le poète le plus influent, mais aussi en quelque
sorte l'organisateur de la nouvelle poésie québécoise, Pour lui, la
poésie est "une façon d'action". Les pièces les plus
émouvantes de sa création sont celles qui expriment l'indignation,
telles que Deux sangs, La vie agonique, Batèche dans l'Homme
rapaillé.
G. A.
Vachon voit en Miron "l'âme québécoise".
Paul-Marie Lapointe est surtout connu
par son célèbre poème Arbres publié en 1960. Dans la forme, le
poème conserve encore certains traits du surréalisme. Sous sa plume,
chaque arbre de cette terre flambe et la forêt forme des feux
d'artifices multicolores éblouissants.
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