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Les méthodes pour apprendre le chinois
1.9 Méthode de chinois
premier niveau

AVANT-PROPOS

(Extraits des pages VII VIII XIX)

On s'est, depuis que la sinologie existe, querellé sur la question de savoir si le chinois était ou non une langue difficile. En fait, il n'y a guère de langue difficile en soi. Certes, il est des idiomes hérissés de conjugaisons et de déclinaisons, mais l'expérience montre que ce genre de complexités ne résiste pas à la répétition. Le vrai défi réside dans le passage d'un système linguistique à un autre. Et en cela, assurément, le chinois est pour l'apprenant français (bien davantage que pour le locuteur anglais une langue ardue. La simple traduction du verbe " être " et de nos " adjectifs attributs met déjà à rude épreuve nos habitudes de pensée, sans parler du système des aspects verbaux, qui, en nous obligeant à porter un regard méfiant sur nos temps grammaticaux (un "présent" peut en cacher un autre !), nous amène à prendre conscience de la part relative de l'implicite et de l'explicite dans toute langue.

Au reste, jusqu'à quel degré faut-il faire " prendre conscience "? N'est-il pas plus productif de recourir à la méthode intuitive en immergeant l'apprenant, avec un minimum de repères, dans l'océan de la langue à découvrir? Cette approche pédagogique est tentante et a fait ses preuves auprès de certaines personnes. Mais l'on n'ignore pas que chez la plupart des sujets adultes, conditionnés par des automatismes enkystés de longue date, il n'y a plus à espérer de virginité linguistique. Qu'on le veuille ou non, le français est la référence à partir de laquelle ils évaluent et assimilent la langue cible. Et s'il est bon de détruire en eux, par un " bombardement " de phrases toutes faites, le réflexe de repli sur la langue d'origine, il faut aussi savoir révéler les différences par des parallèles. Les pyramides de mots à apprendre par cœur que nous proposons dans les deux premières leçons de révision visent au premier effet, tandis que les exercices fondés sur la perception des correspondances entre les temps du français et le système verbal chinois s'inscrivent dans la seconde perspective.

L'apprentissage méthodique de la grammaire, s'agissant d'une langue à bien des égards si éloignée du français, pose un problème de fond : les terminologies en usage dans l'une et l'autre langue ne se recoupent qu'imparfaitement. La classification des types de mots s'apparente à un véritable casse-tête. Les catégories ne sont pas aussi étanches en chinois qu'en français : tel mot catalogué parfois comme verbe fonctionnera ailleurs comme adjectif ou comme nom. Par ailleurs, s'il existe en chinois des " pronoms ', ou des " adverbes ", ces termes ne s'entendent pas toujours dans le même sens qu'en français (on trouvera par exemple classés comme pronoms des mots que la grammaire française considère comme des adjectifs). Fallait-il, dès lors, renoncer à tout principe de classement pour mieux rendre compte de la souplesse des mots chinois? Ou bien opter, dans tous les cas, pour une terminologie " à la chinoise ", au risque de heurter la logique française? Nous n'avons en définitive retenu aucune de ces solutions, quand bien même elles auraient assuré davantage de cohérence à notre discours. Nous avons, d'une part, maintenu le principe d'une classification, sans dissimuler son caractère empirique, voire aléatoire. D'autre part, nous n'avons sacrifié à la terminologie chinoise que là où elle ne risquait pas de produire plus de confusion que de clarté. Un recours systématique au vocabulaire de la linguistique chinoise, outre que cette discipline est encore largement en devenir, eût en effet exigé trop d'explications préliminaires.

La difficulté du chinois tient aussi à son écriture. Chacun sait que la nécessité d'avoir à écrire décourage de l'apprentissage de certains mots qui auraient pu avoir leur utilité. La séparation de l'écrit et de l'oral, en usage depuis plusieurs décennies dans les manuels américains, permet d'aborder, dans la conversation, des thèmes de la vie courante dont le vocabulaire ne peut être présenté d'emblée sous sa forme écrite (par exemple, dans la rubrique loisirs, les " jeux électroniques " ou différents types de sports). C'est ce parti, désormais largement accepté, qui a été adopté ici. Même si le chinois doit une grande partie de sa richesse et de son prestige aux caractères, il convient en effet de ne pas le traiter comme une langue morte mais, à l'instar des autres langues vivantes, comme un outil de communication qui a pour vocation première l'échange direct et le dialogue.

Encore faut-il savoir doser l'approche pragmatique, qui pousse à chercher le plus court chemin possible vers l'expression, et une visée scientifique à plus long terme : car c'est sur la base des acquis de la première année que les étudiants assoient et approfondissent leur connaissance intime de la langue chinoise. Combien de fois n'avons-nous pas constaté, aux dernières étapes du cursus, des faiblesses qui, loin d'être assimilables à de simples lacunes, trahissaient une méconnaissance profonde du génie de la langue chinoise, de sa logique sémantique ou syntaxique?
Le présent manuel tente d'atteindre ce double objectif en se conformant à quelques principes simples:

1. Privilégier la compréhension auditive et l'expression orale, en mettant l'accent sur la première, qui est la base de la seconde. Il s'ensuit que pour appliquer efficacement la méthode, il faut impérativement commencer chaque leçon par la partie orale. Plus que dans toute autre méthode l'audition, contrôlée par des exercices, est ici une étape nécessaire et fondamentale.

2. Permettre un accès à la langue non pas par les seules voies de la grammaire et du vocabulaire, mais par le biais de " situations de parole ", conçues non dans une acception étroite (sur le modèle de ces méthodes pratiques pour voyageurs pressés, qui promènent l'apprenant de " la gare", au " marché " ou " à l'hôtel ") mais au sens de l'approche communicative, qui recense les principaux besoins langagiers et les moyens d'expression qui leur correspondent1 : comment se présenter ou présenter une autre personne, comment décrire (un objet ou une personne), raconter une expérience vécue, se situer dans l'espace, formuler une proposition ou un refus, exposer ses projets? Avec pour horizon, à un stade ultérieur de l'apprentissage de la langue, les grands types de discours que sont la description, le récit ou l'argumentation.

3. Initier à la logique de la langue à travers des observations sur la grammaire, les lois qui régissent la formation lexicale ou la structure des caractères.

Enfin, nous avons souhaité que la rédaction soit claire, sobre et concise, et que chaque partie remplisse avant tout le rôle d'un aide-mémoire, sans prétendre se substituer aux ouvrages plus spécialisés de linguistique ou de grammaire.

La pédagogie d'une langue n'est pas une science exacte, mais un compromis entre diverses exigences (tant de la part des apprenants que de celle des enseignants) et diverses approches, souvent plus complémentaires qu'antagonistes. Notre méthode est, de fait, largement tributaire des travaux qui l'ont précédée : communicative par sa philosophie générale, elle s'inspire aussi bien des manuels d'autres langues élaborés sur ce modèle que de la pédagogie américaine, avec son recours à la romanisation et son travail sur les " patterns ", voire des vieux manuels français d'enseignement du chinois, plus attentifs que ceux qui les ont suivis à l'analyse lexicologique et à la grammaire comparée2 . Nous avons ainsi butiné à bien des sources, en souhaitant, pour paraphraser la phrase de Montaigne, faire un miel qui soit tout nôtre. Au moins osons-nous espérer que le produit de notre réflexion collective ne ressemblera pas à un de ces démons hybrides du Shanbaijing ou que, comme le dit un proverbe, bien chinois celui-là nous n'aurons pas greffé une bouche de cheval sur une tête de bœuf (niu tou bu dui ma zui) !

Isabelle RABUT

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1. Mon attention avait été attirée sur l'intérêt de l'application des méthodes communicatives à l'apprentissage du chinois par le mémoire de maîtrise de Mme Hélène Gachon-Marnef, soutenu en 1998. Ce travail, préparé sous la direction de notre regretté collègue Michel Désirat et de moi-même, s'intitule "Essai d'adaptation de l'approche communicative à l'apprentissage de la langue chinoise".

2 À propos de ces manuels anciens, voir mon article intitulé " Un siècle d'enseignement du chinois aux Langues 0' : éléments d'une enquête sur la didactique de la langue chinoise en France du milieu du XIXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale ", in Marie-Claire Bergère et Angel Pino (éds), Un Siècle d'enseignement du chinois à l'École des langues orientales, 1840-1945, Paris, Langues et Mondes-L'Asiathèque, 1995, pp. 213-269.

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N.D.L.R. Merci à l'éditeur Asiathèque qui nous a fourni un spécimen pour évaluation.

 


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Où le trouver?

Méthode de chinois
premier niveau
de Isabelle Rabut, WU Yongji et LIU Hong
1 livre + coffret de 5 CD
et Corrigés des exercices écrits.

Leçons 1 à 14
ISBN2.911053.83.4
2003, 491 pages, environ 93 C$ 58 €


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Première édition 17 septembre 2000
Modifiée le 26 février 2016